Intervenants :
Victor Pachon (représentant du CADE, coordination des associations de défense de l’environnement réunissant quelques 40 associations) Poxelu (LEIA : association luttant contre le projet d’une autoroute à l’intérieur du Pays basque) La question des transports recouvre des réalités et des problématiques différentes :
Déplacements quotidiens ou habituels des gens pour leur travail ou loisirs.
Déplacements des gens sur de longues distances pour des motifs professionnels ou touristiques
Déplacements de marchandises (de loin les plus importants)
Chacune des ces problématiques touche la plupart des individus de différentes manières et à différents moments de leur vie : traet domicile-travail, accès au services et loisirs, départs en vacances ou simple consommateur à Carrefour (approvisionné depuis des unités de production concentrées ou des zones de production moins chères) ou livré en 48h par la Redoute...
La question des transports est devenue un problème majeur pour l’avenir de la planète. Le système de production capitaliste orienté par sa course ininterrompue vers la rentabilité et la compétitivité provoque une augmentation exponentielle des transports de marchandises. Flux tendus, zéros-stocks, économies d’échelle sur les entrep ôts, intér’ts des constructeurs de véhicules, des entreprises de travaux publics et des pétroliers, mode de vie consumériste généralisé sont autant d’éléments qui sous-tendent cette évolution. L’impact écologique est immense : nuisances sonores, pollution atmosphérique, appropriation de l’espace, coût énorme pour la collectivité, pertes en vie humaines. Déjà insoutenable à moyen terme pour les sociétés développées, cette politique du transports est impossible à généraliser à l’ensemble de la planète.
Cette question des transports a une actualité particulière au Pays basque, lieu de passage privilégié des Pyrénées : agrandissement de l’autoroute, voie rapide à l’intérieur, nouvelle ligne TGV sont autant de projets en préparation et suscitent de fortes critiques et résistances de la part de la population.
Victor Pachon représente une association pour la défense de l’environnement, mais dont la philosophie prend aussi en compte les dég‰ts économiques et sociaux de projets dont les coûts réels ne sont pas mis dans la balance : pollution, aggravation des inégalités régionales ainsi que de l’opposition ville-campagne... Les pouvoirs en place affirment qu’il existe aujourd’hui une situation de blocage au niveau du passage des Pyrénées et que la solution serait d’ajouter, au choix, un TGV, une autoroute, un tunnel sous le Vignemale ou la construction d’un axe à travers le Pays basque intérieur avec route et chemin de fer... voire tout en même temps,
Une intense campagne idéologique est menée en insistant sur l’idée de saturation et du besoin d’agrandissement et d’augmentation des voies de transports. Cette propagande est appelée communication. Les pouvoirs et la presse qu’ils contr ôlent font passer leurs messages dans l’opinion publique en mélangeant les besoins particuliers (comment ferai-je pour aller au travail ? ) et le transports de marchandises : " comme il y a plein de camions, et que le rail est soi-disant saturé, il faut un TVG ". C’est la technique des vérités-mensonges : les voies sont vétustes, on dit qu’il circule 80 trains quand en réalité ils sont 36. On utilise aussi la technique "marchand de tapis" en proposant d’abord un autoroute, en feignant de céder devant les oppositions, pour finalement arr’ter un projet moins important, une 4 voies par exemple.
Le rapport BECKER (demandé par le ministère des transports) qui montre le manque d’infrastructures de transports et la nécessité de leur développement a été examiné à la loupe par le CADE. Cet examen révèle des contradictions très importantes dans les évaluations et les chiffres qui justifient la construction de voies nouvelles.
L’association LEIA est née en 1997 à Garazi et surtout dans la vallée de Baigorri, que devait traverser la voie routière vers la Navarre du Sud. Elle existe aussi à Burguete, contre le projet d’autoroute navarrais. LEIA a été très bien accueillie, en partie gr‰ce au syndrome NIMBY (pas de ça dans mon jardin). Maintenant que le projet para“t ’tre abandonné, elle est en sommeil mais a décidé de ne pas se dissoudre et de rester vigilante. Après l’abandon du projet par le gouvernement, Intxauspe et Laserre affirment qu’il n’a jamais été question d’autoroute. Lasserre commence à parler d’une quatre voies avec contournement des villages. Lors des dernières élections législatives, LEIA a demandé aux candidats leur avis à ce sujet et aucun ne s’est manifesté pour. Mais le candidat élu n’a pas répondu...
A propos des intérêts en jeu derrière tous ces projets, plusieurs pistes ont été avancées. Le gouvernement de Navarre veut absolument, pour des raisons politiques, un débouché vers l’Europe sans passer par la Communauté Autonome d’Euskadi. Pour le TGV, il y a par ailleurs un enjeu européen. Localement, à part les marchands de cailloux, personne n’est intéressé. Il y a l’accélérateur de l’idéologie libérale, les élites circulatoires, plate-forme multi-modale, concentration de boulots tertiaires (assurances...). La SNCF s’est défait de beaucoup de voies locales non rentables (elle a refusé les transport de bois d’Irati depuis Arrosa-Ortzaize, et a abandonné 12 % de trafic fret à Hendaye). Il ne lui faut que du concurrentiel, mais en m’me temps elle ne profite pas de l’ambiance favorable au rail. La pression de groupes financiers est aussi importante...
Concernant la remarque d’un assistant sur le caractère peu solide du "NIMBY", Victor Pachon rétorque que ce n’est pas du tout nuisible. Quand quelqu’un s’est senti touché de près, il a tendance à ’tre solidaire des prochaines victimes, surtout s’il veut ’tre crédible. Le NIMBY est aussi un vecteur de conscientisation en faisant des défenseurs de l’environnement là où l’on ne s’y attendait pas.
La commission du Conseil de Développement chargée d’examiner le problème a conclu qu’il n’y avait pas besoin de voies nouvelles. Avis que le Comité Directeur a éliminé, et qu’il ne transmettra pas au Conseil des élus. Si Victor Pachon n’est guère surpris par cette manúuvre, il compte bien la dénoncer publiquement dans la presse.