Avant de débattre des alternatives du Pays Basque, il faut savoir ce que signifie le mot "globalisation libérale" pour le monde paysan. La définition des antimondialistes est simple. C’est " l’intégration planétaire des peuples et des pays via la levée des barrières douanières : pour les personnes, les biens, les capitaux." Loin d’être positif, ceci signifie la prise de pouvoir des marchés financiers sur un droit humain essentiel : "le droit à la terre et à la souveraineté alimentaire".
Partout sur la planète les paysans sont menacés par cette ouverture des frontières, cette "privatisation des ressources". Dans ce contexte de guerre économique, la terre devient elle aussi un enjeu de survie. Pourquoi ? Parce que moteur de la "mondialisation néoliberale" reste le profit. Alors les multinationales, plus riches et puissantes que les gouvernements, sont au coeur des conflits. Si en Irak l’enjeu est le pétrole et en Tchéchénie le gaz naturel, le processus est similaire pour les produits agricoles. Un bref exemple : en Colombie les terres les plus riches du continent sont monopolisées pour la culture de stupéfiants. Résultat : le pays autrefois leader, achète maintenant son café, les paysans étant chassés de leurs exploitations ancestrales. Les transnationales de l’agro-alimentaire parviennent hélas au m’me résultat dans de nombreux pays de la planète, y compris avec l’arme globale des OGM. La Chine devra-t-elle importer son riz et la France son fromage ? Un scénario pas si loin de la réaité... les multinationales des semences transgéniques y travaillent.
Après cette introduction, notre atelier a commencé, suivi attentivement par une trentaine de participants. Les intervenants sont :
Jean-Michel Berhocoirigoin de E.L.B Confédération Paysanne
Pantxika Maitia de la Fédération ARRAPITZ et GFAM,
Sauveur Bacho maire de Arberats.
Critiquant sévèrement la PAC (politique agricole commune de l’Europe) Jean Michel Berhocoirigoin explique, à une assistance parfois médusée, la mécanique de la "marchandisation du monde", et ses ravages y compris au Pays Basque. "L’insécurité alimentaire, la concurrence déloyale -le dumping- casse les prix, menace le revenu paysan et les emplois". Bilan de la PAC ? Un exode rural dans toute l’Europe. "N’oublions pas" rappelle-t-il que "ici m’me en Pays Basque, où l’agriculture est bien structurée, les prochaines départs à la retraite amènent la moitié des exploitations à chercher, sans trop d’espoir, un repreneur...La globalisation ne favorise ni l’accès à la terre, ni le développement local.
" Aujourd’hui explique Michel Berhocoirigoin "tous les clignotants sont au rouge". L’OMC cherche à imposer, contre le sens commun, un prix mondial de référence pour chaque produit agricole". Ce qui signifie un "désastre social sans précédent pour les paysans du monde et les consommateurs". Le président d’ELB dénonce cette épée de Damoclès qu’est la PAC qui "prend les agriculteurs en étau dans un cycle infernal : subvention-surproduction- endettement ". Face au danger il préconise "le droit fondamental à la souveraineté alimentaire pour protéger les petits producteurs avec des barrières douanières".
Dans notre atelier, l’effort de compréhension des participants est palpable. Les rouages de l’agriculture sont complexes et on sent bien qu’il faudrait des jours d’explications pour faire comprendre les liens directs entre les décisions prises à Pau, Paris, Bruxelles et Washington et la situation des paysans du monde ainsi que les conséquences sur la "malbouffe" et la désertification de l’espace rural... Pourquoi le syndicat Elb, ne pense-t-il pas, comme les tenants du libéralisme que le seul marché doit fixer les prix ? Parce que cette confrontation entre l’offre et de la demande n’est pas loyale, c’est un mensonge qui fonctionne comme la spéculation sur les marchés financiers. En effet, quand se succèdent surproduction et effondrement des cours : il y a élimination des paysans vulnérables. Ensuite, "la pénurie organisée, la disparition de la qualité permettent à l’agriculture intensive de prendre position". Ce scénario se déroule en ce moment m’me en Algérie, au Sénégal, en Thaèlande devenue elle aussi importatrice de riz, avec son cortège de catastrophes pour la sécurité alimentaire, la santé et l’environnement, c’est pourquoi c’est la société civile toute entière qui est concernée par la politique agricole.
Raccourci hasardeux ? Avec d’un c ôté la performance agricole et la sécurité alimentaire et de l’autre, l’emploi agricole et le paysage rural ? " Il se trouve" explique Pantxika Maitia que pour "l’agriculture paysanne : ces données sont liées. Pour la Fédération Arrapitz c’est la qualité maximum de la viande, du lait, des fromages et des vins commercialisés, qui est le fil à plomb de notre réflexion dans la perspective d’une agriculture plus citoyenne."
La Fédération Arrapitz explique Pantixika Maitia, est "un reseau de 12 structures toutes mises en place au Pays Basque". Charte Idoki, coopératives comme Etzigar, syndicats du Piment d’Espelette, associations de Bergers Transhumants, mouvement Biharko Lurraren Elkatea pour les produits biologiques ou encore le Gfam et Lur Hats pour l’installation des jeunes agriculteurs" : l’union qui fait la force. Se présentant ensemble comme interlocuteur unique auprès des collectivités et de l’administration, ces structures "tirent la qualité vers le haut, travaillent la notion de terroir, de lien au sol et s’inscrivent dans la durée, quelque chose qui va rester demain...".
Nos intervenants insistent sur l’installation des jeunes agriculteurs "hors cadre familial" c’est à dire sans moyens financiers personnels et sans héritage. Une alternative inspirée du Larzac : le Groupement foncier Agricole Mutuel : Gfam Lurra. Résultat en vingt ans : 15 paysans installés et suivis, grâce à l’investissement de 1500 porteurs de parts. Le groupement fonctionne en assemblée sur la base de 1 homme = 1 voix quelque soit le nombre de parts achetées par un m’me actionnaire. Ces souscriptions via l’épargne locale réalisent des retours à la terre au bénéfice de travailleurs sans moyens de s’autofinancer.
Oui car une nouvelle exploitation créee signifie de nombreux emplois indirects et induits, tous en faveur de la ruralité. Ici un vrai modèle rural fonctionne, qui n’est pas une survivance déconnectée de l’économie réelle. Selon Sauveur Bacho "les petites distances ville-campagne favorisent ici ce qu’on appelle les cycles courts de la production vers la consommation. Une opportunité locale à saisir : elle est cohérente avec les attentes des consommateurs". L’agriculture paysanne dispose d’une "valeur immatérielle" : les terroirs associés à une qualité de vie authentique. Se soumettre aveuglement au jeu du marché d’une agriculture industrialisée, aggrave l’exode rural et ses prolongements aberrants : insécurité, surpeuplement des bidonvilles. De plus, ici, au Pays Basque, un "producteur fermier" est un acteur économique qui n’hésite pas à encourager les nouvelles installations, à accueillir de nouveaux voisins. Il sait que sa propre survie dépend d’une campagne vivante avec des activités diversifiées". Au Pays Basque, il y a la logistique, la solidarité pour nous auto-limiter, en préservant les revenus et la vie rurale, c’est-à-dire être compétitif en étant solidaire, dans le monde tel qu’il est. ".