Quels sont les ravages réels de la publicité commerciale ? Et pourquoi collaborons-nous avec ce système, à notre insu, et sans douleur apparente excepté l’endettement ? Pourquoi la publicité et le marketing sont-ils si performants ? D’ou vient ce pouvoir qui oblige à acheter des biens souvent inutiles et qui épuisent les ressources de la planète et dégradent l’environnement... Pour en savoir plus, voici un film qui décrypte la mécanique du discours publicitaire qui procède par un savant brouillage des valeurs humaines. Un mouvement s’étend avec des associations : PAYSAGE DE FRANCE, RESISTANCE ¿ L’ AGRESSION PUBLICITAIRE, CASSEURS DE PUB et LA MEUTE ( contre les publicités sexistes) etc...
Les pratiques du marketing s’apparentent à un "viol permanent de l’inconscient“, semant la confusion entre réel et fiction. Avec la publicité, la réalité s’efface. Les multinationales de la globalisation libérale, développent, pour leur survie, un conditionnement publicitaire de masse. Ce sont des budgets gigantesques. La publicité est-elle cette manipulation de masse qui perturbe les comportements ?
Il y a les écrans publicitaires cinéma et télévision, le sponsoring. Les affiches dans la rue, les prospectus dans les boites aux lettres et les spots radio et internet, tous sont connus du public. D’autres manoeuvres plus sournoises portent aussi atteinte à l’intégrité des ’tres humains c’est "la publicité occulte“ dans les films pour des marques non nommées mais montrées, insérées, l’air de rien dans les récits. Cigarette, alcool, carte bancaire, automobile et téléphonie mobile sont liés aux récits d’une façon plus ou moins fine.
L’environnement sensoriel de l’homme moderne est occupé quotidiennement par "20 000 stimuli visuels, 800 mots et 150 marques". Ces messages pénètrent peu à peu les consciences des citoyens, à leur insu. C’est le m’me principe que pour la violence à la télévision ; elle est banalisée, les enfants y sont accoutumés. Nous sommes cernés par la pub. Où se situe le danger pour l’’tre humain, sa liberté, sa dignité et m’me peut-’tre sa survie ?
Pour être efficace, le marketing sonde l’inconscient des consommateurs, pour faire tomber les défenses des citoyens abreuvés de messages omniprésents dans la rue, à la télévision, la radio, la presse et m’me à l’école ! Les annonceurs, les agences, les conseils, les consultants utilisent le savoir-faire des psychologues. des sémiologues, des directeurs de création, des scénaristes.
Pourquoi le marketing est-il redoutable ? Parce que l’être humain, réagit en fonction de ses pulsions. et de ses désirs légitimes. C’est ainsi que les annonceurs des multinationales exercent une sorte de pouvoir absolu sur un territoire de non-droit et de non-dit des pouvoirs publics et des médias.
La pub s’appuie sur deux logiques antagonistes. D’une part : l’être humain avec ses réactions sensorielles et émotionnelles. L’être humain tel qu’il est : un concentré d’émotion et de désirs... D’autre part l’agresseur (le marketing) qui joue sur les émotions comme sur un piano... Les publicitaires travaillent au plus près des réactions humaines parfois avec des techniques confidentielles d’investigation qui sondent l’inconscient des consommateurs : il y a les enqu’tes d’opinion sur les consommateurs pour déterminer non pas tant le goût d’un yaourt à la fraise mais sur le message qui ira directement toucher l’esprit du citoyen qui ne peut ni se défendre, ni s’isoler. Autre méthode : les sondages par téléphone, dans la rue, in situ dans les hypermarchés, les études d’audience, les tests, les réunions, les collages projectifs etc.
Pour cette "propaganda“ la "mondialisation libérale“ détecte les non-dits, les peurs, les frustrations des gens dans tous les pays. Un mouvement citoyen de résistance est né en Europe et aux Etats Unis.
YVAN GRADIS né en 1958 à Paris, fait des observations dès l’enfance sur la publicité. En 81 il entre en publiphobie, il crée LE PUBLIPHOBE, l’ ASSOC. NAT. DE DEFENSE DE LA TELEVISION, il co-fonde l’association RESISTANCE A L’AGRESSION PUBLICITAIRE, participe à "PAYSAGES DE FRANCE". Yvan Gradis est devenu non-téléspectateur, non-auditeur, non-lecteur de quotidiens. Avec le "barbouillage non violent“ d’affiches publicitaires illégales, à Paris en plein jour, ces militants qui résistent à "l’agression publicitaire“ sont passés à l’action. Ils participent d’un mouvement général contre la publicité, dont les actions sont " LA JOURN…EE SANS VOITURE", la " RENTR…EE SANS MARQUES", la " JOURNEE SANS ACHAT" et la " LA SEMAINE SANS TELEVISION" etc.... Yvan Gradis est sorti de la clandestinité pour utiliser son "droit légitime de réponse“.
Nous présentons ici un compte-rendu des interventions d’Yvan Gradis et de Bruno Clémentin. Y.G. -Permettez moi de commencer par un petit sondage. Combien d’entre vous mettent directement à la poubelle les prospectus que vous recevez dans votre bo“te à lettres ? C’est ce que je craignais... Eh bien à partir de demain vous pourriez les jeter dans les boites jaunes de la Poste. Si nous sommes dix mille à encombrer les bo“tes de la Poste, alors une solution serait trouvé d’ici six mois, avec un débat public à l’assemblée nationale ! Encombrer les boites de la Poste, c’est le geste antipublicitaire de base. Cela s’appelle la loi du talion. Oeil pour oeil, pub pour pub !
Pour la publicité adressée les ripostes existent. Si vous renvoyez les enveloppes sans les ouvrir, l’annonceur vous supprimera de ses fichiers, il y est obligé par la loi. Le gros problème ce sont les prospectus déposés, la Poste est le premier distributeur en France, elle rachète même ses concurrents privés. C’est bon pour nous, militants antipub, nous pourrons déclarer la guerre à un adversaire unique.
Y.G. : Je pourrais vous parler d’un procès qui a duré quatre ans. J’ai pris sur le fait un jeune distributeur de prospectus qui entrait dans mon immeuble avec le passe-partout des facteurs... Je l’ai intercepté de manière non-violente. Il a été correct et gentil, moi aussi, mais je l’ai fait arrêter par la police ! Je vais jusqu’au bout de mes convictions avec une plainte contre ce malheureux lampiste et de surcroît salarié précaire. Son patron a été poursuivi avec un non-lieu, le lampiste a été condamné, j’ai demandé la dispense de la peine. En appel, nous avons gagné, c’est une surprise, c’est officiel, "tout résident a droit à la tranquillité et ne pas voir sa boîte aux lettres envahie de prospectus“.
Y.G. : C’est la méthode de PAYSAGE DE FRANCE : vous localisez, mesurez, vous photographiez, vous adressez le tout, avec le nom de l’afficheur via un formulaire, à la Mairie avec copie au Préfet. Parfois ça mord ! Le maire vous écrit et parfois fait sauter le panneau illégal. Si je suis passé à la désobéissance civile c’est aussi à cause de ces élus qui ne répondent pas ! Qui n’appliquent pas la loi.
BRUNO CLEMENTIN du réseau ECOLO. CASSEURS DE PUB ET LA REVUE SILENCE ET REVUE DE L’ENVIRONNEMENT MENTAL.
BRUNO CLEMENTIN : Les gens nous considèrent souvent comme des "extra-terrestres" ! Nous contestons frontalement l’idéologie et la pratique publicitaire, ainsi que l’absence de réflexion personnelle face au "tout télévision" et à la culture du "tout bagnole".
B.C. : Dans le domaine des idées et de leurs diffusions : un petit groupe motivé n’ayant de comptes à rendre à personne, peut avec relativement peu de moyen (mais beaucoup d’idées) faire entendre sa voix. Dans le domaine des actions : la non-violence envers les personnes est un impératif, de plus toute action entreprise doit l’être par des personnes dont les revendications sont en accord avec les actes. Les partis politiques n’arrivent pas à s’extraire du "faites comme je dis, mais pas comme je fais", car ils ont pour première t‰che, lorsqu’ils sont élu-e-s de gérer la société "dans l’état où elle est", ce qui ne permet pas, sauf révolution ou dictature, d’entra“ner des changement de société. Il revient donc aux groupes et associations ne recherchant pas un électorat de créer, diffuser les concepts puis les actions permettant cette prise de conscience.
B.C. : La fédération d’initiatives locales permettrait l’approfondissement et une plus grande reconnaissance.
B.C. : Dans les domaines où nous intervenons (résistance à l’agression publicitaire, résistance au tout bagnole et résistance à une société énergievore et à une société de surconsommation) il ne s’agit pas d’effets récents, mais de l’étalement "au grand jour" de la victoire de cette société que nous dénonçons.
B.C. : Nous proposons une "laècisation" du pouvoir politique par rapport au pouvoir économique, une véritable séparation de l’église de la consommation et de l’état ; tant que cela ne sera pas obtenu, les politiques (au sens de pouvoirs publics) ne pourront faire valoir la primauté, pourtant inscrite dans les textes, du pouvoir décisionnel sur les orientations de la société.
B. C. : Un de nos "combats" est de remplacer ce mot "consommateur" par "’tre humain". Quelle extraordinaire message notre pays aurait pu envoyer au monde si au lieu d’avoir une revue nommée "soixante millions de consommateurs", elle s’était appelée "soixante millions d’’tres humains".
En conclusion, peut-on parler "d’hypnose du consommateur* et par là d’une "idéologie dominante " ? Le marketing est-il totalitaire ? Ou sont ses contre-pouvoir institutionnels proportionnés. Ou sont les lieux d’expression publique et le droit de réponse des citoyens ? Sur ces questions, les intér’ts des gouvernements sont proches de ceux des annonceurs, c’est à dire des multinationales.