Cas typique de "crise artificielle", de liquidation programmée, cyniquement organisée par les patrons de l’entreprise, l’exemple de Ruwell soulève de nombreuses questions, la première étant celle des subventions et de leur suivi. Ayant bénéficié de toutes les aides et cadeaux possibles en la matière (exonération de charges, don du terrain à Sony qui le revendra à Ruwell) de la part des pouvoirs publics locaux, le groupe Ruwell semble familier de tels procédés : il s’est retiré de Suisse après une période d’activité fort courte de la m’me façon qu’à Bayonne et procède pareillement avec son unité danoise. Chaque fois, le groupe s’était installé sur ses sites avec la bénédiction des pouvoirs locaux, empochant le gros lot.
L’idée de relancer la commission de contrôle des subventions du conseil régional a été émise.
Le cas Ruwell pose aussi la question de la responsabilité : qui dirige l’entreprise ? qui en est le véritable patron ? Dans des groupes de plus en plus vastes, internationaux, le patron semble invisible, d’où un dialogue de sourds et la nécessité urgente de savoir qui fait quoi et à quel niveau, de retrouver donc le sens, la place de chacun dans un ensemble humain. La force libérale est aussi là, dans ce morcellement, réduire les ’tres à des fonctions isolées, coupées d’un ensemble qui leur donnerait du sens. D’où des luttes aveugles à la recherche d’un responsable. Une culture ouvrière paraît indispensable.
Cela commence par redéfinir la place de chacun au sein de l’entreprise. Que chacun sache ce qui se passe dans les filières étrangères permettrait de doper les relations syndicales internationales.
La chute de Ruwell, savamment orchestrée, met à jour tout le paradoxe du monde libéral qui refusant toute intervention de l’Etat, est toujours le premier à solliciter des aides, des subventions. Le résultat est étonnant : les responsables de Ruwell ayant fui, c’est à l’Etat d’assumer. Il paye les indemnités au moment du dép ôt de bilan. Il se substitue en tant qu’interlocuteur, aux responsables privés qui échappent à la loi, tout comme Ruwell échappe -on ne sait comment- à toute gestion de plan social.
Les luttes engagées -occupation de l’usine depuis le 9 avril avec menaces chimiques-, la multiplication des interlocuteurs -locaux, nationaux, européens- se solde à ce jour par un échec. Rien n’est fait pour les salariés. Les luttes juridiques souvent longues, laissent de c ôté le quotidien des licenciés. Le rôle des syndicats lui-m’me ne semble pas très clair, ils semblent avoir minimisé la situation. On peut donc se poser la question de savoir qui défend réellement les salariés ? Les récentes lois de modernisation sociale n’empêchent pas en tout cas les patrons de licencier dans des entreprises en bonne santé.