Édition 2002

Résistances culturelles

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Logique de l’expression ou logique de communication ?

La marchandisation croissante de la culture ne permet pas aujourd’hui un développement autonome et serein de l’expression. Cette dernière se retrouve de plus en plus menacée (disparition de certains lieux de diffusion, absorption de certains labels, subventions supprimées) dans son existence par une logique d’expansion qui vise à conquérir des marchés. Une universalité indistincte du goût est en marche, qui frappe de plein fouet les jeunes générations qui ont été élevées dans cette logique. Ses effets ne sont donc pas encore mesurables.

Il s’agit, dans cet atelier, de savoir comment les alternatives locales peuvent s’intégrer dans une forme de résistance culturelle globale tout en conservant leurs personnalités pour débattre de cela, sont réunis autour de la table un représentant d’un label musical indépendant (Skunk), le fondateur du festival d’Arrosa (EHZ), un responsable dune association bayonnaise (Mix Arts factory) qui cherche à promouvoir les jeunes créateurs, le directeur de l’Atalante, cinéma d’art et d’essai indépendant et un représentant d’Indy Media Pays Basque.

-  Skunk est un groupe indépendant, autogéré basé à Hendaye depuis 12 ans. L’objectif du groupe a toujours été de se prendre en main, d’avoir son propre label et de pouvoir ainsi s’auto-produire. Cette logique est à l’opposé des grandes majors du type Virgin ou Universal.

A ce jour, deux disques qui constituent un panorama des groupes du nord et du sud du Pays Basque et qui ont également permis des connexions entre différents groupes de m’me pensée et de m’me taille (36 groupes sur 15 pays ) ont pu voir le jour. Pour la diffusion, il utilise la vente par correspondance sur catalogue et pour des petits prix (12 euros). C’est " la mondialisation dans l’autre sens “. Grâce à ce procédé, le groupe est en contact avec des associations anti-fascistes, des plasticiens, des artistes de différents pays"

Les difficultés rencontrées sont le manque de temps et de moyen. Les membres du groupe sont intermittents du spectacle et vivent de la musique. D’où l’importance de ce statut qui risque d’’tre remis en cause sous la pression du Medef.

-  " Le festival EHZ, c’est une bande de " prolos, de paysans qui ont voulu faire un truc culturel.“ Des jeunes habitués à organiser des concerts de village et qui prennent conscience de la différence qu’il y a entre deux formes de culture : d’un coté, la culture d’état, subventionnée qui produit de " beaux spectacles “ et de l’autre, la culture du peuple, celle que l’on vit, que l’on invente jour après jour. Au départ, il s’agissait de réunir des personnes pr’tes à travailler ensemble, à s’investir dans un projet collectif, fédérateur : l’Eurock des peuples contre la world company. Une telle démarche amène les gens à se politiser et à prendre une conscience citoyenne. Aujourd’hui, 900 bénévoles travaillent à l’organisation du festival. On trouve aussi bien des jeunes paysans de l’intérieur du Pays Basque que des jeunes des quartiers urbains. Chaque année a lieu un repas et une assemblée générale des bénévoles. Le système d’organisation est totalement horizontal et il y a une rotation permanente des taches à effectuer. En 2001, le festival, sans toucher aucune subvention, a dégagé un bénéfice exceptionnel d’un million de francs. " Nous subissons un boycott complet des institutions car ils ont compris avant nous, l’aspect subversif de notre fonctionnement. “ Il a été décidé de reverser une partie des bénéfices à des associations promouvant la langue basque ou le commerce équitable.

-  MixArts factory est une nouvelle association, atypique qui organise des échanges entre artistes et créateurs, met en place des activités de répétition dont le but est de promouvoir les jeunes musiciens. Les mouvances musicales actuelles (hors commercial) sont représentés : hip hop, reggae, ragga. Suite à plusieurs articles de presse, la mairie de Bayonne crie à la surmédiatisation, suspend les aides et refuse à l’association l’autorisation d’ouvrir un lieu de concerts. Celle-ci n’a aucune implication politique si ce n’est un soutien aux organisations anti-fascistes. Elle ne recherche ni le succès médiatique, ni les subventions qui impliquent un droit de regard pour ceux qui les donnent. Néanmoins, des concerts ont pu ’tre organisés avec des groupes tchèques, allemands ou mexicainsÖIl n’y a pas de recherche de profits, le prix d’entrée est fixé à cinq euros.

-  L’Atalante est un cinéma d’art et d’essai géré par l’association "cinéma et cultures “. Le loyer de la salle est payé par la mairie. C’est le cinéma le plus fréquenté en France sur un écran unique. Néanmoins, l’art et essai a la réputation d’un cinéma ennuyeux, difficile d’accès, pour fabriquer un film qui " cartonne “, les producteurs s’appuient sur une analyse sociologique, une grille comportant les quatre catégories de personnes intéressées par le cinéma(Young Men, Young Women, Old Men, Old Women). Les jeunes hommes(de 6 à 16 ans) sont des cibles faciles : il faut mettre de l’action. Pour les jeunes femmes, il faut ajouter un acteur séduisant. Les vieux hommes(de 16 à 30 ans) sont attirés par des actrices célèbres et des films légers. La dernière catégorie (vieille femme) est la plus difficile à convaincre : il faut que ça ressemble à Roméo et Juliette ou le Titanique. Pour ’tre rentable, un film doit remplir au maximum cette grille. Sachant qu’après 30 ans, la consommation des produits dérivés est quasi nulle, ce public n’intéressera pas l’industrie du cinéma. Il reste donc au cinéma indépendant, alternatif à trouver d’autres zones. Cela passe par une éducation à l’image pour que le spectateur sorte de ce cadre. Il faut chercher des films qui ne répondent pas à la loi du marché, d’où une demande à l’Etat d’aider un cinéma plus fragile.

-  Le projet d’Indy Média Pays Basque [1]] [2]] est né à Seattle lorsqu’un centre de médias indépendants couvrait les manifestations. La réflexion a été nourrie à Gênes ou de nombreux médias alternatifs étaient présents. Il est vite apparu nécessaire de créer un tel outil au Pays Basque, de l’adapter à une situation locale spécifique pour développer la reconnaissance culturelle et linguistique. Indy Média veut rompre avec la commercialisation de l’information (logique mercantile) et le modèle de la pensée unique. Il offre une information gratuite en 4 langues (Français, Basque, Espagnol et Anglais). Le site existe grâce à l’implication des citoyens.

De nombreux points communs apparaissent dans ces interventions : remettre les citoyens en mouvement, recréer des mouvements collectifs et du lien social, s’opposer à la privatisation de l’information, de la culture ou de la f’te. Il est émis l’idée d’organiser une fête alternative impliquant une mise en réseau de ces singularités. Le représentant de l’association qui organise le festival EZH (association Piztu ) évoque le projet de créer un festival dans les quartiers nord de Bayonne, quartiers où tout lien social a été rompu et où la seule source d’information est TF1. L’objectif est de faire reculer la violence en impliquant les citoyens, faire en sorte qu’ils se " repolitisent “ et se réapproprient un espace public qui leur appartient. On évoque la place de l’image dans un tel projet.

Autre possibilité : une telle fête alternative peut-elle s’intégrer à la prochaine édition du forum social ? Quel lieu ? Quelles formes ? Les questions sont posées.



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