Dans un monde où tout se vend, où tout s’achète, la notion même de service public fait tache. Les valeurs de gratuité, de service, de lien, d’égalité dont il est porteur semblent anachroniques, issues du rêve d’un pacte social qui date de la Libération. Dans ce paysage libéral soumis aux accords de L’AGCS, les fonctionnaires font figure d’espèce en voie de disparition.
Ce qui leur est reproché ? Leur lourdeur, leur inefficacité, leur aspect ringard, dépassé, mammouth, leur non-compétitivité, leur coût. Pour les tenants d’un monde marchant, le service public est source de gaspillage, de déficit. Les fonctionnaires sont perçus comme des privilégiés qui s’accrochent à leurs acquis, à leurs droits.
Quoi qu’ils en disent, les services publics ne sont pas en crise. Comme le rappelle P. Franchessena (Sud PTT), la Poste est une entreprise qui aujourd’hui, dégage des bénéfices comme France Télécom en son temps, ce qui n’est plus le cas puisque l’entreprise désormais privée accuse un déficit de 60 millions. Un petit rappel de la situation des chemins de fer anglais privatisés depuis peu (déficit, accidents à répétition, abandon des stations non-rentables et donc des gens) briseront cette vision d’un service public malade qu’une privatisation miracle sauverait. S’il y a crise au sein de la Poste, c’est une crise des valeurs, directement induite par les logiques marchandes mises en oeuvre. Le matraquage des objectifs commerciaux à atteindre, la nouvelle politique financière qui tend à faire de la Poste une banque comme les autres, portent déjà leurs fruits en matière de santé : personnels dépressifs, stress, harcèlement, là encore on peut redouter l’alignement sur le monde privé, monde idyllique où les personnels n’ont jamais été aussi malades.
Il n’y a donc pas de crise économique au sens où l’entendent les néo-libéraux mais bel et bien une crise morale qui touche aussi l’école de plein fouet. Souligner la responsabilité de la logique marchande dans cette crise, est capital.
La marchandisation des Services Publics obéit aux impératifs économiques de rendement et de concurrence : réduire les coûts, éviter la non-rentabilité au détriment des citoyens-usagers, tout est bon pour prostituer la notion m’me de service. L’exemple du Lycée des métiers, exposé par M. Chartier (CGT éducation), est révélateur : il s’agit, après un audit, de labelliser les établissements (notez au passage l’invasion du discours de l’entreprise au sein m’me de l’école), de les mettre donc en concurrence, et de procéder ainsi à des regroupements rentables de formation qui échapperaient totalement à l’éducation nationale, des dipl ômes maisons en quelque sorte, officialisant la main mise du patronat sur les formations. Outre l’éviction sans précédent de l’Education Nationale du système de notation, ce projet se propose comme à la Poste, de regrouper, notamment en zone rurale, non les bureaux mais les formations jugées peu rentables, ce qui léserait bien sûr les élèves. Dans les deux cas, ce sont des kilomètres en plus à faire pour aller à l’école ou à la Poste.
Bien démonter encore le discours libéral qui voit dans cette adéquation des établissements aux bassins de formation, un souci de proximité. Proximité économique certes mais sûrement pas humaine, celle-là m’me qui est en jeu dans les Services Publics. Si ces attaques dispersées rendent les ripostes délicates, elles s’inscrivent néanmoins dans un projet lisible de marchandisation qui doit rendre tout un chacun vigilant.
Riposter aux attaques libérales en stigmatisant les échecs passés des privatisations ne suffit pas. Il faut mettre en avant la force des Services Publics et tout d’abord souligner la qualité de ces services en terme humain, que ce soit à l’école, à l’h ôpital, à la poste, c’est la vie humaine qui est au centre du système. Qualité qui s’appuie sur une expérience, sur l’exercice d’un métier qui ne peut se faire que dans de bonnes conditions. Tous les intervenants furent d’accord sur ce point, sur l’exigence qu’induit la notion m’me de métier. Exigences que personne n’est pr’t à brader au nom de principes libéraux. Ce ne sont pas tant des statuts que les fonctionnaires défendent qu’un métier qui s’appuie sur un idéal de qualité.
Mettre en exergue la notion de lien social, de richesse collective a paru tout aussi important. Ainsi, P. Franchessena a rappelé la fonction de banque sociale de la Poste. Personne ne nous dit, et surtout pas les libéraux, ce que deviendrait en cas de privatisation généralisée, cette nouvelle population d’exclus. Dans ce contexte, il nous est apparu opportun de distinguer les services publics à valeurs sociales dont les effectifs sont constamment en baisse (poste, école, hôpital...) des services étatiques dont les effectifs eux, sont en hausse (police, gendarmerie)...
Une piste de réflexion s’est axée autour de la responsabilisation des usagers-citoyens quant à leurs services publics, cela passe peut-’tre par leurs participations plus actives... l’exemple des Ikastolas est là pour le prouver. L’idée d’Etats-Généraux des Services Publics a été lancée, une sorte d’observatoire local qui partirait du recensement des besoins en la matière.