L’objectif de cet atelier était, à travers trois témoignages différents, de présenter la richesse et le dynamisme dont fait preuve le Pays Basque en matière d’expériences que l’on peut qualifier comme relevant de l’économie solidaire.
Chantal Torre de l’association Hemen, est à l’origine des CLEFEs au Pays Basque.
Un CLEFE est un club d’épargne locale sous forme d’indivision volontaire à destination des femmes désirant créer une activité qui rassemble de 5 à 30 personnes (homme ou femme). Chaque membre épargne pendant 12 mois une somme allant de 15 à 135 euros/mois. Au bout d’un an ou plus, l’argent est prêté à une créatrice d’entreprise. Il sert à financer des besoins en fonds de roulement ou de trésorerie et peut jouer ainsi un effet de levier auprès des institutions financières classiques, qui sont les partenaires incontournables de l’entreprise. Les CLEJs concernent les jeunes entrepreneurs souletins.
Au Pays Basque, plus de 15 clubs d’épargne locale ont été créés depuis 1997.On distingue 3 formules :
Soit le CLEFE se créé sans porteur de projet et établit ses propres critères avant de financer une candidate (cas du CLEFE Nanalana d’Hendaye) ;
Soit le porteur rassemble des personnes autour d’elle afin de créer un nouveau CLEFE (cas du CLEFE Kolorez d’Hasparren) ;
Soit le CLEFE engage une réflexion sur le type d’action à promouvoir et fait mûrir le projet avec une candidate (cas du CLEFE Enborra du BAB qui a permis la création du magasin Han&Hemen).
Le CLEFE Kolorez s’est constitué au printemps 2001 autour du projet d’Argitxu Garat, peintre décoratrice à St-Martin-d’Arbéroue. Argitxu à créé son entreprise à l’autonome 2000 et a souhaité la création d’un CLEFE afin de pouvoir bénéficier à la fois d’un coup de pouce financier pour aménager un atelier de travail chez elle, mais également de la dynamique et du soutien du groupe (compétences complémentaires des membres, appui moral). Argitxu avait elle-même fait partie d’un des tout premiers CLEFEs du Pays Basque : le CLEFE Txorta d’Hasparren.
Les porteuses de projet sont souvent des femmes en congé parental, mères au foyer ou demandeuses d’emploi, "c’est à dire, explique Argitxu qu’elles démarrent avec rien". Quel que soit le montant des prêts du CLEFE, ce n’est pas l’argent qui mène ce monde-là mais les liens de solidarité. "Le groupe du Clefe, hommes et femmes d’horizons et de compétences diverses est là pour nous épauler, tout autour. Savoir qu’ils sont là donne envie de continuer !î
L’association AZIA, composée de jeunes souletins est à l’origine des CLEJEs. Elle a pour objectif de favoriser l’implication des jeunes dans le développement local de la Soule confrontée à une fuite démographique et à un solde naturel largement négatif. Après une enquête réalisée pour le compte de la Mutuelle Sociale Agricole, le constat était le suivant :
la jeunesse est attachée à la Soule et se soucie de son devenir, même si elle méconnaît son territoire (économie, histoire, culture) ;
Les jeunes diplômés sont obligés de quitter -le pays- pour trouver des emplois intéressants.
L’association a ensuite organisé une formation portant sur trois volets :
Enfin, AZIA a mis en place 2 CLEJES, le premier en mars 2000 avec 93 épargnants, à raison de 15 euros/mois, ce qui a permis de réunir une somme de 110 000 Fr (16 000 euros) et d’aider 5 projets à voir le jour avec 8 emplois à la clef. Le second CLEJ vient de démarrer en février 2002 et compte 95 épargnants. Cette expérience est un bel exemple de solidarité où la notion de territoire a une importance non négligeable ; la Soule, située à l’intérieur des terres, est la plus petite province du Pays Basque.
La fondation Bagabiltza promeut depuis 1988 la formation professionnelle des femmes dans les domaines de l’administration, la confection et la santé. Bagabiltza met la compétence de ses membres (médecins, professeurs, généralement en chômage temporaire) au service des femmes demandeuses de formation. L’objectif de Bagabiltza est d’aider les femmes en difficulté à retrouver un emploi (préparation aux concours, formations diverses), à acquérir un niveau culturel, linguistique (cours d’écriture, de couture, de danse, conférences, voyages) leur permettant une meilleure intégration.
Dès la première année, 110 femmes ont bénéficié de l’activité de Bagabiltza et la grande majorité a décidé à son tour de s’y investir. A ce jour, le domaine d’action de Bagabiltza dépasse largement le Grand Bilbao et compte 12 000 membres, femmes (la grande majorité) et hommes. Elle travaille en réseau avec d’autres associations de femmes et mène des actions de coopération avec des associations de femmes d’autres pays (Catalogne, Palestine, Amérique Latine, etc.)
Aujourd’hui l’action de Bagabiltza est reconnue par les institutionnels et bien souvent les communes mettent leurs locaux (écoles, salles de réunion) à disposition et font même de plus en plus appel à Bagabiltza pour qu’elle organise des formations. L’association est également à l’origine de la mise en place, dans de nombreuses communes, de centres de jour pour les personnes âgées, de ludothèques pour les enfants et adolescents.
L’assistance de l’atelier, impressionnée, a voulu savoir d’où venait ce dynamisme. Satur nous a répondu qu’une des clefs de leur succès résidait dans le fait que ces femmes reprenaient espoir, confiance en elles. Que chacune (immigrée, basque, espagnole) avec ses différences, avait le sentiment de pouvoir apporter quelque chose au groupe. Qu’il régnait beaucoup de joie dans leurs réunions.
Le débat qui suivit fut malheureusement écourté par manque de temps. L’assistance a néanmoins tenu à souligner l’intérêt de faire connaÓtre ces initiatives à l’ensemble de la population du Pays Basque car elles reÁoivent un écho favorable et Áa et là des groupes de personnes prennent le relais à la recherche de nouvelles pratiques où l’être humain occupe une place centrale.