Invité : Julio (du groupe d’action directe Solidari@s con Itoiz)
L’eau est un élément indispensable à la vie mais a souvent été la source de conflits entre peuples ou territoires. Aujourd’hui elle est devenue un enjeu pour les groupes financiers et économiques qui veulent en faire une marchandise. Le monde se trouve donc face à une alternative : laisser définitivement l’eau devenir une marchandise ou bien préserver sa nature de bien universel de l’humanité, géré suivant les principes d’un développement solidaire et soutenable.
Au Pays Basque, nous sommes directement touchés par différentes questions concernant la gestion de l’eau : pollution des rivières et du littoral, différences des prix de l’eau distribuée aux usagés, projets de barrages comme à Itoiz.
Julio est membre d’un groupe qui s’est fait connaître pour sa lutte spectaculaire faite d’actions directes contre le projet de barrage d’Itoiz en Navarre. Il présente la problématique de l’eau au niveau mondial. Il s’agit d’un bien indispensable à l’humanité devenu une richesse marchande. Une forte tendance à la privation de l’eau (rôle majeur des multinationales) est à l’oeuvre.
Des grands chantiers sont mis en route par les Etats et les multinationales avec des conséquences écologiques, sociales, économiques fortement négatives. Les seuls bénéficiaires en sont l’agriculture intensive, le capitalisme financier, les grandes entreprises de travaux publics, les secteurs de l’immobilier, la bureaucratie gouvernementale.
Des alternatives existent à cette politique de marchandisation et de gaspillage, à commencer par une réduction de la consommation ou la mise en oeuvre de techniques simples (récupération des eaux de pluie, arrosage goutte à goutte, recyclage, utilisation d’anciens réseaux abandonnés).
Les politiques des Etats français et espagnol ont des conséquence au Pays basque Nord (pollution) et Sud (Plan hydraulique national). La lutte contre le projet du barrage d’Itoiz en est un bon exemple.
Des personnes participant à l’atelier font des propositions concrètes :
Les multinationales de l’eau en France sont l’expression du lobby nucléaire. La gestion de l’eau décentralisée, démocratique avec participation des usagers, est indissociable de la gestion de l’énergie avec les énergies renouvelables pour sortir du nucléaire. De plus la gestion locale de l’eau et les énergies renouvelables sont sources d’emploi local. Les associations doivent formuler des propositions dans ce sens.
La recherche d’alternatives dans la gestion de l’eau passe par la réappropriation sociale des droits anciens de l’eau (germain et romain) basés sur le principe : chacun a accès à l’eau et en est responsable.
Sur le problème crucial de la pollution de l’eau au Pays basque. La qualité des eaux de l’estuaire de l’Adour atteint un niveau d’alarme inquiétant (cf les travaux de l’UPPA sur l’Adour et le Nervion). Il est urgent de faire conna“tre cette situation au grand public pour qu’il pèse en faveur des décisions indispensables pour mettre fin à ces pollutions et au système qui les a engendrées. La formation (de l’école jusqu’au monde du travail) et l’information objective des citoyen(ne)s (prévue par la loi) doivent ’tre exigées par toutes les associations.
La possibilité existe de peser sur la gestion de l’eau en créant ou participant aux Commissions Locales de l’Eau (CLE), véritables "parlement(s) de l’eau“ à l’échelle du bassin-versant (Soule, Nive, Nivelle). Ils permettent de prendre des décisions allant au-delà de la législation en vigueur. Les CLE sont crées pour élaborer des Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) sur un bassin-versant. Ces CLE regroupent outre les élus, les associations diverses (p’che, de riverains, protection de la nature, usagers...)
De même il faut lutter pour enclencher un retour à la gestion en régie (service public), assumée par les services communaux sous la seule responsabilité du maire et de son conseil municipal, des services eau et assainissement (production et distribution d’eau potable, collecte et traitement des eaux usées) contre la délégation de la gestion de l’eau aux entreprises privées.
Enfin la question est posée de savoir si des projets d’exportation de l’eau, écologiques et échappant à la marchandisation sont possibles.