Édition 2003

Quelles missions pour l’école ?

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L’école parents d’élèves sont en train de mener des mouvements de grève reconductible depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, dans un certain nombre d’académies (dont celle de Bordeaux). Ces mouvements montrent bien que la "décentralisation" imposée par le gouvernement suscite le rejet de nombreux salarié-e-s parce qu’elle est perçue à juste titre comme une mise en danger du service public d’éducation. La décentralisation est un des outils décisifs pour soumettre l’éducation, entre autres services publics, aux stratégies et aux intérêts de la logique capitaliste de mondialisation.

Elle a deux objectifs majeurs : "rationaliser" le système éducatif" (c’est-à-dire diminuer les dépenses de l’Etat pour réaliser des économies budgétaires), et flexibiliser le système d’enseignement pour l’adapter plus rapidement aux besoins changeants de la production et des marchés.

Dans un premier temps, nous échangerons nos analyses sur les mesures actuelles et sur leurs conséquences, donc sur les nouvelles missions que le système capitaliste veut assigner à l’école d’aujourd’hui et de demain. Un prolongement à cette analyse paraît indispensable, surtout dans le cadre d’un forum social qui est à la recherche d’alternatives pour un autre monde, donc en particulier pour une autre école ou une autre éducationformation. D’autant que, depuis de nombreuses années, les syndicats n’ont plus vraiment à l’ordre du jour un projet, même réformiste, de transformation de l’école.

Devons-nous en rester au stade défensif ?

Nos résistances à la politique actuelle sont essentielles mais, si elles ne sont pas porteuses d’une alternative pour une école émancipatrice au service de tou-te-s, ne risquent-elles pas de faire passer pour bon et acceptable le système scolaire actuel ?

S’agit-il de demander à l’Etat de se ressaisir de l’éducation, alors que ce même Etat, outre ses fonctions de contrôle et de répression, a celle de mettre en oeuvre les demandes du pouvoir économique mondial ? S’agit-il de réclamer le maintien des services publics étatisés, organisés de manière bureaucratique, jacobine et hiérarchisée et destinés à favoriser le développement des capitalistes nationaux ? Ne devons-nous pas à la fois critiquer sans concession le service d’éducation actuel aux mains et aux ordres de la bourgeoisie et l’école libérale qu’on nous prépare ?

En bref, avons-nous la possibilité et la volonté que nos luttes soient porteuses d’un projet alternatif d’éducation en lien avec la perspective d’une autre société ? Quel est ce projet alternatif ? Quelle école voulons nous ? Comment combattons nous les mécanismes de reproduction des différentes formes d’inégalités sociales ?

Pouvons-nous obtenir des changements fondamentaux de l’école ? Ou bien devons-nous explorer d’autres formes alternatives d’implantation de projets émancipateurs ?

La décentralisation voulue par le gouvernement est un des éléments décisifs pour tenter de soumettre l’éducation aux stratégies et aux intérêts de la logique capitaliste de mondialisation prônée par l’OMC et l’AGCS (Accord général du commerce des services). Il s’agit de gérer l’école comme une entreprise. Les mouvements de grève reconductible qui agitent les établissements depuis plusieurs mois montrent que les mesures prises par le gouvernement sont perçues comme la mise en place des outils destinés à démanteler le service public d’éducation.

L’exemple des ikastola montre que la motivation collective pour mettre en place un projet partagé par tout un mouvement est quelque chose de très important.

Comment agir ?

Ce n’est pas pour autant que l’école actuelle nous satisfait, mais les projets gouvernementaux ne feront qu’aggraver les pires tendances d’aujourd’hui. Si nous sommes pris-e-s aujourd’hui dans l’urgence de résister aux attaques, nous voulons que les luttes actuelles ne s’en tiennent pas à la conservation du statu quo et à la défense de l’école telle qu’elle est. Des revendications concrètes sont possibles :

  1. Il est important déjà de rompre l’isolement. Pour cela, il faut dégager du temps pour que les salarié-e-s dans l’école se rencontrent, conduisent des projets éducatifs et puissent s’organiser face à leur hiérarchie, si besoin est.
  2. Même chose pour les élèves ; en tant qu’adultes, nous pouvons les soutenir pour qu ils gagnent des espaces de liberté et de démocratie.
  3. Il faut se battre pour exiger l’enseignement du basque partout au Pays basque : dans ce but, des actions communes parents-élèves-salarié-e-s peuvent être menées sur plusieurs établissements scolaires.
  4. Il faut lutter aussi pour exiger de maintenir et/ou de créer des petites structures, avec de petits effectifs.

L’exemple des écoles basques

Lors de ce débat, nous n’aboutissons évidemment pas à la proposition d’un grand projet alternatif ; non seulement parce que l’école est aujourd’hui en position défensive, mais aussi parce que l’éducation ne doit pas être considérée seulement comme un service public mais plutôt comme un bien commun, et que sa qualité ne dépend pas des seuls professionnels de ce secteur.

L’exemple des ikastola (écoles basques) montre que la motivation collective pour mettre en place un projet partagé par tout un mouvement est quelque chose de très important. Même si tout n’est pas parfait dans les ikastola, elles restent un exemple d’alternative, non seulement parce qu’elles ont permis une décolonisation au niveau essentiel de la langue mais aussi parce qu’elles ont des objectifs et un fonctionnement respectueux de l’enfant et de son émancipation, ceci au prix d’une grande implication des enseignant-es et des parents, ainsi que, à une époque, de tout un mouvement.

D’autre part, le mouvement actuel dans les établissements scolaires, dans la mesure où il s’organise à la base, où il fait tomber les barrières entre les divers personnels, entre les parents et les enseignant-es, entre syndiqué-es et non-syndiqué-es, peut être un espace et un moment importants pour amener le débat, non seulement sur l’école que nous ne voulons pas, mais aussi sur celle qui se rapprocherait le plus de ce que nous voulons.

Enfin, des expériences alternatives existent ; privées, comme l’école Montessori, mais qui nous paraît assez élitiste ; publiques, comme les lycées expérimentaux autogérés (Paris, Saint-Nazaire...), etc. Il serait intéressant de mieux les connaître.

Noir tableau

-  L’absence de démocratie à l’intérieur des établissements scolaires ; l’absence de prise en compte de la parole et des revendications des élèves.
-  Le pouvoir de plus en plus grand du chef d’établissement.
-  L’absence de l’enseignement de l’euskara dans beaucoup d’établissements, ou bien sa relégation à une place subalterne et quasi symbolique.
-  Des rythmes scolaires parfaitement inadaptés à l’équilibre de l’enfant ou de l’adolescent, dont il est dit maintenant clairement et cyniquement qu’il n’est plus "au centre" du système.
-  L’obsession des évaluations, et ce dès le plus jeune âge. Le recours accru à des emplois précaires.
-  Des effectifs de classe trop lourds.
-  La hiérarchie entre les personnels, entre les matières.
-  L’absence de polyvalence dans les formations données aux jeunes.

Futur proche

-  Des activités seront livrées à des groupes privées, renforçant les inégalités de moyens entre les établissements, entre les jeunes.
-  Des matières, déjà réduites à la portion congrue, ne seront plus enseignées.
-  Des filières, jugées non rentables, disparaîtront, restreignant localement les choix des élèves.
-  Les chefs d’entreprise auront leur mot à dire dans les formations.
-  Des personnels ne seront pas remplacés.
-  Des postes ne seront pas créés.
-  On assistera à des regroupements, des concentrations invivables et inhumaines qui remplaceront des structures jugées trop petites, trop coûteuses.
-  Les inégalités seront renforcées entre des écoles d’excellence et d’autres de seconde zone.



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