La TV, ce coktail de divertissement abrutissant pour maintenir dans la bonne humeur la population frustrée de la planète. Zbignew Brzezinski, ex-conseiller pour la sécurité intérieure du gouvernement U.S.
Le titre de cet atelier "contre-médias ou nouveaux médias" posait clairement la question suivante : un média alternatif doit-il faire le contraire de ce que font les médias habituels ou doit-il faire autre chose, envisager différemment les outils, les contenus qui sont les siens ?
Rémi Rivière qui représentait le Journal du Pays Basque, jeune quotidien en langue française qui tente depuis octobre 2001 de briser le monopole de Sud-Ouest, a évoqué les difficultés de cette tentative. Elles tiennent au manque de moyens humains, combiné au formatage de l’info par les sources officielles, qui sont de plus en plus efficaces dans ce rôle, à cause d’omniprésents services de communication. La précarité du métier fait que ce travail de journaliste se résume trop souvent à une sorte de copiage ou de bricolage permanent réalisé dans l’urgence. Une situation qui, localement, correspond aux journaux nationaux dépendant de l’AFP, par exemple. Difficile donc dans ces conditions d’existence fragile (le JPB a dû licencier et faire appel à la générosité de ses lecteurs) de faire un travail vraiment différent en employant les mêmes méthodes.
Par ailleurs, le problème des sources locales touchant aux infos politiques notamment, reste sans solution : Eneko Bidegain, représentant le quotidien en langue basque Egunkaria (qui tirait à 15000 exemplaires) récemment interdit, a expliqué la quasi-impossibilité d’avoir accès à des sources autres que celles de la police. L’enjeu est pourtant de taille : casser un discours, une pensée unique de façon à faire entendre d’autres voix pour créer ainsi un véritable débat.
C’est un peu le bilan que Jojo Bidart a tiré des vingt ans d’existence des trois radios basques Gure Irratia, Xiberoko Boltza et Irulegiko Irratia. Tout en évoquant le besoin des auditeurs/trices d’entendre les "sans-voix", il a aussi défendu la nécessité d’une pluralité comme garantie de la crédibilité de ces alternatives qui ne doivent pas être simplement des médias d’opposition ne donnant la parole qu’à ceux qui ne l’ont jamais.
Outre la formation et l’appel à des non-professionnel-le-s, ces radios ont également fait le pari du réseau, de l’échange, du suivi de l’info. Force est de constater que ce réseau s’avère fiable, viable. Autres modèles, autres savoir-faire, autres savoir-vivre. Si nous avions jusque là des témoignages d’actions sans doute plus démocratiques qu’alternatives, Ximun Carrère a présenté une expérience plus totale, qui aborde de façon tout à fait autre le média télévisuel : il s’agit d’une autre manière de faire, de voir la télé. Au sein de la société Aldudarrak Bideo, Kanaldude, télé rurale de proximité installée au cSur de la vallée des Aldudes, émet en pirate (faute d autorisation du CSA) en langue basque pour une bonne part, grâce à ses cinq salarié-e-s, ses 50 bénévoles et... une subvention européenne. En faisant là encore la pari de la formation de non-spécialistes, le pari du temps, de la continuité, de la confiance, c’est tout une course à la technicité et à la rapidité, fléaux modernes des médias, qui est brisée.
En jouant sur le contenu et non sur la perfection formelle, en misant sur la participation, sur les relations humaines et non plus sur la consommation, c’est comme si la télévision réparait ce tissu social qu’elle a en partie détruit. Ce choix de la qualité en implique d’autres : comme il ne s’agit pas de "remplir", Kanaldude émet très peu et ne propose pas de journal, cassant cette course absurde à l’info jetable. Ne pas faire plutôt que de faire mal, pourrait être un des adages de la chaîne.
Les télés locales se multipliant, Kanaldude forte de son expérience, a déjà porté son savoir tout en se nourrissant de celui d’autrui, dans tout l’hexagone.
Au-delà de ce possible réseau alternatif de non-aligné-e-s à venir, il s’agit de créer une sorte d’économie solidaire des médias, des fonds de réserve collectifs qui puissent assurer une certaine indépendance et servir de leviers financiers auprès des autorités. C’est la présence d’un emploi-jeune, rappellent Ximun et Mirentxu Lako, qui a pu fonctionner en tant que levier social pour débloquer les fonds européens.