L’atelier animé par alternatiba et Les Développements Durables a réuni entre vingt et trente participants et s’est organisé en deux phases : la présentation du projet d’huile végétale pure d’Alternatiba et du concept de logiciel libre puis une discussion autour de la méthodologie utilisée par le logiciel libre : Comment a-t’elle fait pour être si efficace ? Est-elle applicable à l’huile végétale pure ? A d’autres projets ?
Ekiondo est le projet des carburants végétaux démarré par Alternatiba. Afin de rejeter moins de gaz à effet de serre et d’éviter de soutenir les guerres du pétrole, on peut faire rouler les moteurs Diesel aux huiles végétales pures (HVP). L’objectif est de mettre en relation un groupe de consommateurs avec un groupe de producteurs, et par la même occasion de soutenir le développement de l’économie locale.
Le but est aussi de permettre aux participants de prendre conscience de ce qu’est l’énergie, de sa production et de ses conséquences.
La consommation de pétrole est un geste qu’une grande majorité de personne réalise en allant à la station essence. On prend la pompe, on fait le plein et s’est reparti. Le but du projet est donc double. Se rendre compte de ce que représente la production d’énergie en utilisant la production et l’utilisation d’HVP comme support. Cette production permet également de consommer un carburant plus propre écologiquement.
L’HVP est un carburant utilisé dès 1900 et le début des moteurs à combustion. La plus part des moteurs acceptent son utilisation, c’est principalement une question de type du moteur et de réglage de la carburation, qui détermine le pourcentage d’HVP que l’on pourra utiliser (les moteurs Diesel accepte en moyenne 30% d’HVP sans adaptation).
La production de HVP est assez simple. Tout d’abord on cultive un oléagineux. Au Pays Basque le colza et le tournesol sont adaptés au climat et au territoire. Ce sont de plus les deux graines qui apportent le meilleur rendement énergétique. Ensuite on récolte, trie et sèche les graines. Il suffit enfin de les presser à première pression à froid pour avoir une bonne qualité d’huile, de laisser décanter pour récupérer une huile transparente et de filtrer à cinq microns pour ne pas encrasser le moteur. C’est donc une production qui peut être mise en place par qui veut et de façon assez facile.
Il est ressorti lors de la discussion qui a suivi que plusieurs personnes utilisaient localement de l’huile comme carburant dans leur voiture sans grande difficulté.
De plus, une remarque a sugi, suite à une question intéressante que peut-être le support HVP nous ferait nous rendre compte que ce n’est pas une bonne solution, mais qu’il fallait avancer dans le projet pour s’en rendre compte.
Il faut donc toujours garder en tête les objectifs afin de se remettre en cause et d’assurer une évolution correcte.
Du logiciel libre...
En 1984, Richard Stallman, un informaticien du MIT se rendant compte que l’apparition des logiciels propriétaires l’empêche de continuer à échanger et améliorer les logiciels comme les chercheurs en informatique ont toujours fait jusque là, propose à ses vis-à -vis sur Internet de créer un système complet entièrement libre.
Afin d’assurer la pérennité de ce système libre, Richard décide de créer le cadre légal qui garantira cette solidarité et ce partage. Il crée la licence GNU GPL. Cette licence assure les quatre libertés fondamentales des logiciels libres : - utiliser ; - étudier ; - mofidier ; - redistribuer.
La situation quand il lance l’idée de créer un système informatique libre est un peu particulière. Il y a un certain nombre de difficultés : le système étant neuf, il y a encore beaucoup de problèmes techniques, peu de monde possède les compétences suffisantes pour participer et ces personnes sont réparties sur un grand espace géographique.
Mais il y a cependant un contexte original avec l’apparition de l’internet qui permet l’échange et la communication très rapide entre des personnes éloignées géographiquement. De plus, les personnes techniquement capables de réaliser le système GNU sont très souvent des "hackers".
Pikka Himanen dans "L’éthique hacker et l’esprit de l’ère de l’information" compare cette nouvelle éthique à l’éthique protestante très présente dans nos sociétés.
Ethique protestante :
Ethique hacker :
Ainsi, poussé par les valeurs de l’esprit hacker, le logiciel libre de sa situation initiale particulière en 1984 s’est développé petit à petit pour arriver à une situation en 1991 où l’on disposait d’un système d’exploitation libre complet servant uniquement à des utilisateurs avertis et toujours aussi éloignés géographiquement, mais qui formaient une solide base commune et qui commençaient à se regrouper en groupes d’utilisateurs.
Il a ensuite fallu attendre 2003 pour voir une sorte de basculement. Avant 2003, les groupes d’utilisateurs sont composés de militants passant leur temps à promouvoir le logiciel libre tant qu’ils peuvent autour d’eux ; après 2003, ces groupes d’utilisateurs de logiciels libres sont débordés par les demandes d’informations et les nouveaux utilisateurs ayant besoin d’aide.
Enfin maintenant en 2006, nous passons à une utilisation de masse du logiciel libre comme l’indiquent certains signes :
le rapport Carcenac réalisé pour le compte du premier ministre qui incite à “mettre l’ensemble des développements réalisés par ou pour le compte des administrations sous licence open source ou analogue" ;
la prise d’importance de l’ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour l’Administration et les Collectivités Territoriales) ;
la création d’un master “Ingénierie du logiciel libre" que justifie l’université en disant “Les logiciels libres et/ou open source, résultat d’un courant de pensée et d’une communauté d’abord restreinte d’informaticiens, sont devenus une réalité incontournable pour les entreprises et organisations d’aujourd’hui”
... au concept de “libre”
Nous ne parlons pas ici de technique, mais du modèle de création d’oeuvres libres. Ce modèle fonctionne dans le domaine de ce qu’on appelle l’immatériel. Une caractèristique intéressante de l’immatériel, c’est qu’étant juste de l’information, je peux le donner tout en le conservant. En d’autres termes, c’est tout ce que je peux dupliquer avec un coût presque nul. Cette propriété permet un modèle de création très intéressant.
Dans le modèle classique, un créateur ou plusieurs créateurs crée(nt) une oeuvre (une création). Par exemple une entreprise qui a plusieurs employés. Ensuite ils vendent un droit d’utilisation à l’utilisateur. La personne a donc le droit d’utiliser l’oeuvre uniquement dans le cadre restrictif qui est défini dans le droit d’utilisation que lui vend le créateur. Dans ce cas là , l’oeuvre est uniquement dans la sphère de propriété des créateurs. Elle n’appartient qu’à eux.
Dans le modèle de création d’oeuvres libres, nous partons également du créateur qui crée une oeuvre, mais puisqu’il se place dans un contexte de création libre, d’autres personnes peuvent dès lors participer à cette création, on parle alors de contributeurs.
L’utilisateur est libre de l’utiliser de la façon dont il le souhaite et dans tous les cadres. Il n’y a pas de limitation d’utilisation. La propriété de la création n’appartenant à personne, tout un chacun est libre de posséder la création. Chaque personne a quatre libertés qui lui sont assurés et qui sont utilisées différement suivant l’objectif d’utilisation. L’utilisateur est libre de l’utiliser comme il le souhaite et de copier pour ses amis.
Le contributeur peut voir comment est faite la création et la modifier afin de l’améliorer. Il peut enfin la redistribuer.Une création libre peut également rentrer dans le cadre de la sphère commerciale avec des relations économiques.Un créateur peut tout d’abord se faire payer pour faire son oeuvre.
Ensuite quand un utilisateur d’une oeuvre libre a besoin de l’améliorer mais qu’il ne sait pas le faire, il peut payer quelqu’un pour qu’il réaliser la contribution dont il a besoin. On a donc un utilisateur financeur et un contributeur financé. Enfin la création libre est généralement une continuation. Une personne prend une oeuvre libre et en crée une nouvelle dans laquelle il inclu la première. Cette nouvelle création est obligatoirement une oeuvre libre.
Avec le logiciel libre c’est ce qui s’est passé. Au départ quelque informaticien (hacker) on développait les premiers logiciels libres. Ensuite de plus en plus de monde s’est mis à contribuer pour aboutir à un immense pot commun pour l’humanité. Ce pot commun a été reconnu par l’Unesco qui a classé l’ensemble des logiciels GNU comme Trésor du Monde en janvier 2004.
1) Le partage et l’échange d’information
En effet le choix de l’échange de savoir et de logiciels entre les premiers créateurs par internet à permis une participation de tous. Il y a eu également une mise à disposition de toute l’information possible à tout moment qui a encore accentué cette possibilité.
Cette information était disponible, mais elle n’allait pas que dans un sens, tout le monde pouvait participer et être à la fois source d’information et contributeur. Il y a donc une véritable entraide. Cette entraide s’est formalisé avec la création de groupes d’utilisateurs de logiciel libre.
Ceci permettait de se retrouver localement pour faciliter l’arrivée de nouveaux ainsi que de monter des foires d’installation (install party), pour l’aide à l’installation et enfin faciliter les discussions pour “s’entrapprendre”.
2) La validation par la pratique
Le projet a été porté de proche en proche par les personnes. En effet une personne ne le porte que s’il répond à son besoin et qu’il est viable. Cela assure que chaque personne valide le fait que ce soit un bon projet. S’il n’était pas bon il ne se répandrait pas. Celà a permis de valider le projet logiciel libre au fur et à mesure de son évolution. Ce qui reste c’est ce qui est utile et qui correspond vraiment à un besoin. Le projet évolue et s’enrichit donc continuellement par cette propagation.
3) Le sens et le pragmatisme
On peu distinguer deux types d’utilisateurs de logiciel libre : les pragmatiques et les philosophes.
Les pragmatiques s’intéressent aux logiciels libres car ces logiciels sont techniquement bien conçus et fonctionnent bien. En plus comme on a accès au code source on peut l’adapter pour un coût moindre.
Les philosophes, eux, s’intéressent au logiciel libre car il est une vision d’une certaine organisation sociale basée sur le partage et l’échange.
Le pragmatisme seul n’aurait pas tenu la distance, car les participants se serait rapidement organisés d’une autre façon et le partage n’aurait pas tenu.
La pratique du logiciel libre est l’expression d’une philosophie. Sans cette philosophie du partage et de l’échange, il n’y aurait pas ou plus de logiciel libre. Dans la pratique la licence GPL protège le coeur de l’extérieur et permet au logiciel libre de mettre en oeuvre la philosophie.
Après ces présentations l’objectif était de déterminer parmi les éléments qui ont permis au logiciel libre d’avoir cette évolution ceux qui pouvaient être généralisés et comment un projet pouvait s’en inspirer pour obtenir une telle utilisation et un soutien de masse.
Ainsi, plusieurs éléments semblent important :
Dans la discussion, les opinions étaient partagées par rapport à la philosophie.
Certains pensaient qu’il fallait absolument avoir un cadre clairement défini avant de passer à la pratique, définir un paradigme clair qui fixe les idées.
D’autres s’orientaient plus vers une pratique qui définissait comment on fonctionnait entre nous, comment on interagissait. Une troisième voie proposait de voir la situation comme un aller-retour perpétuel entre les idées (la solution théorique parfaite) et la pratique qui se faisaient évoluer mutuellement. La reflection théorique permet de réorienter la pratique quand celle-ci oublie le sens profond de son action et la pratique permet de prendre en compte le contexte particulier de la situation que nous vivons et fait s’adapter la théorie à la situation réelle.