Existe-t-il des alternatives au capitalisme mondialisé ? Nous opposer à un certain type de mondialisation ne suffit pas, il faut désormais savoir ce que l’on veut faire : c’est une des interrogations fondamentales que l’on retrouve aujourd hui dans tous les forums et notamment dans celui de Porto Alegre. Cette année une grande partie des débats (1700 au total) a été consacrée à ce que nous voulons proposer. Il faut se demander quelles sont les expériences, les pensées qu’on peut développer, il faut essayer de déboucher sur du concret à toutes les dimensions, que ce soit la micro-dimension ou la macro-dimension. Pour répondre à cette question, quatre grands points :
Professeur à l’Université catholique de Louvain (Belgique) a dirigé un centre de recherche sur la sociologie des religions. Prêtre du diocèse de Bruxelles, et bien avant cela, engagé dans les mouvements sociaux, il participe au mouvement de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Il est aujourd hui encore Président de l’association Belgique-Vietnam et a contribué à mettre sur pied l’Institut de sociologie de Hanoï, à la suite de son engagement contre la guerre au Vitenam.
En Amérique latine, François Houtart s’intéresse également au Mouvement des Sans Terre au Brésil, au mouvement Camilo Torres, au régime sandiniste au Nicaragua en relation avec les communautés chrétiennes.
Il a fondé il y a 25 ans le Centre Tri-Continental (CETRI) à l Université de Louvain-la-Neuve, chargé de répercuter les pensées du sud vers le nord. La revue Alternatives Sud tente d’analyser les différentes facettes de la mondialisation en donnant la parole à des auteurs d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine.
En 1999, il est à l’origine du Forum Mondial des Alternatives qui aboutira à la création au Brésil du Forum Social Mondial de Porto Alegre auquel il participe activement.
Pourquoi parlons-nous d’alternatives ? On pourrait dire comme le disait madame Thatcher il n’y a pas d alternative au marché capitaliste . Et, cette idée là s’est diffusée très largement y compris dans les milieux syndicalistes. On a vécu pendant un certain temps avec cette idée que le capitalisme, l’économie de marché est la seule solution pour l’économie dans le monde.
Or aujourd hui dans le monde, des groupes comme le vôtre manifestent que cela débouche souvent sur des impasses.
Impasses...
Ecologique. Vous avez tous entendu parler de Kyoto, le problème des ressources non-renouvelables, la destruction des sols, le problème de l’eau. Impasse issue du modèle économique capitaliste.
Social. Répartition des revenus. Un chômage de plus en plus important au nord (working poor aux Etats-Unis, ces travailleurs doivent cumuler les boulots pour survivre). Le problème de la compétitivité entre les entreprises, des concentrations, déconcentrations...
Nous avons montré dans un numéro d’Alternatives Sud que la dette du tiers-monde se double d’une dette de notre monde occidental vis à vis du tiers-monde. En une bonne vingtaine d’années, le transfert du nord vers le sud, et, du sud vers le nord s’élève à plus de 5 000 milliards de dollars qui ont été extraits des économies du sud pour arriver vers les économies du nord (et ceci de façon déséquilibrée : seuls ceux qui se trouvent au sommet de l’échelle économique en ont profité). Impasse.
Politique. Dans toute l Europe, la droite qui porte le système capitaliste réussit souvent à s’imposer et la gauche est devenue gestionnaire de ce système. L’extrême droite réunit finalement les victimes du système : Impasse.
Culture. De l école, de l’éducation supérieure, des communications de masse, de l’information, crise de l’éthique sociale... Impasse.
Une nouvelle conscience mondiale
Ce qui est nouveau c’est l’émergence d’une nouvelle conscience mondiale. Les points de vue, les lieux sont différents, mais il est important de converger désormais : la cause fondamentale des problèmes que rencontrent les différents groupes sociaux se trouve dans la logique même du système économique dominant.
Ainsi, les "Dahlites" en Inde, qui sont les hors-caste représentent 250 millions de personnes. Depuis une quinzaine d’années, ils ont troqué leur nom d’"Arijans" (enfants de Dieu) qui était le nom que Gandhi leur avait donné et qu ils associaient à une attitude paternaliste contre celui de "Dahlites" qui signifie "opprimés". C’est un changement dans le niveau de conscience sociale qui s’est traduit par une série de luttes extrêmement dures et violentes, et souvent mortelles. Ces mouvements ont coïncidé avec l’apparition du système néolibéral à la fin des années 80 lorsque l’Inde a dû entrer dans ce capitalisme mondial en acceptant les normes du Fonds Monétaire International, en diminuant les subsides aux biens alimentaires de base etc... dont les Dahlites ont fait les frais en premier lieu.
Il faut citer aussi les réactions des femmes, des mouvements féministes qui se sont absolument radicalisés dans les pays du tiers-monde notamment en Amérique latine avec des manifestations extraordinaires (Cochabamba : la fameuse réaction contre la privatisation de l’eau qui a été menée par des mouvements de femmes).
Le capitalisme veut faire basculer les services publics dans le secteur marchand pour pouvoir dégager un certains nombre de profits.
Ce qui a pour effet, d’augmenter le coût : à Cochabamba (ville de Bolivie andine) l’eau à augmenté de 300 %, au Mexique le prix du téléphone a été augmenté depuis la privatisation : le résultat est qu’un million de personnes ne peuvent plus être reliées au téléphone, etc. Par exemple au Salvador, une grève des médecins dure depuis plusieurs mois, ils s’opposent à la privatisation du service public de santé. Ce sont des choses nouvelles.
Ou encore à Bangkok en Thaïlande, on a vu une manifestation culturelle bloquer pendant plusieurs semaines une rue importante en face du Palais du gouvernement. Un campement improvisé regroupait les représentants de plusieurs mouvements tels que l’alliance des pauvres (surtout urbain), un mouvement de lutte contre les barrages pour défendre les personnes expulsées de leurs terres, des mouvements paysans, un mouvement d’ouvrières -liées surtout à une industrie dans laquelle avait eu lieu un accident de travail épouvantable qui avait brûlé plusieurs dizaines de travailleuses- et des mouvements de minorités ethniques.
Ils sont venus protester tous ensemble, ce qui n’est pas évident au départ dans la mesure où ils n’ont pas grand chose en commun.
Ce qui est important avec les forums c’est la conscience que l’on a en effet quelque chose en commun et que finalement les pouvoirs et les logiques auxquels on s’affronte sont finalement semblables et que pour pouvoir affronter cette force, il faut créer un autre rapport de force.
Cette recherche prend la forme de de grands rassemblements de réactions contre les grands pouvoirs de décision économique (le G8, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, l’Union européenne etc). Nous avons eu Seattle contre l’Organisation mondiale du commerce et puis Gênes, Barcelone, Bangkok, Melbourne...
Parallèlement, d’autres manifestations ont eu lieu avec les mêmes acteurs suivant un agenda propre : le forum de Porto Alegre n’est pas une réaction contre telle ou telle réunion à ce moment, mais une réunion en convergence de toute une série de Mouvements et d’Organisations non gouvernementales progressistes qui s’accordent sur les trois grands principes de la charte du Forum mondial social :
lutter contre le néo-libéralisme ;
lutter contre l hégémonie mondiale du capital ;
la recherche d’alternatives.
Si on est d’accord sur ces trois points là, tout le monde peut participer activement à l’organisation de ces forums. Voilà le grand fleuve tranquille que pensait être le néo-libéralisme en train de se transformer en une série de cataractes et de précipices qui ne lui permettent pas de vivre tranquillement son existence. Il est donc remis en question.
Trois grands piliers de l’économie
L’histoire contemporaine du capitalisme nous apprend qu’après la seconde guerre mondiale, il y avait trois grands piliers de l’économie :
Un modèle qui a voulu essayer de développer une économie nationale en substituant les importations par une production locale - plutôt que d’acheter à l’extérieur du dentifrice pourquoi ne pas le faire localement ?
Après une trentaine d’années, ces trois modèles sont entrés en crise. Le modèle socialiste a eu sa crise la plus forte en 1989 avec la chute du mur de Berlin. Le coût d’achat de la technologie et des connaissances par les pays du sud aux pays du nord a été tellement élevé qu ils n’ont pas pu continuer le modèle de développement national. Ce qui peut expliquer pour une part les débuts de la dette du tiers-monde.
Crise mondiale de ces modèles
A partir des années 1970, un changement a commencé en Occident et dans le monde entier avec ce que l’on a appelé le Consensus de Washington. Consensus auquel sont arrivés la Banque mondiale, le FMI, la Réserve fédérale américaine (la banque centrale), un certain nombre de grandes multinationales américaines, selon lequel il fallait revoir le partage entre capital, travail et Etat au profit du capital. D’où l’offensive que l’on a connu dans le monde entier contre le facteur travail se traduisant par la diminution relative des salaires (dans certains pays du tiers-monde en Indonésie, au Mexique par exemple jusqu à 50%), dérégulation du travail, délocalisation, etc... avec les résultats que l’on connaît en matière de chômage notamment en Europe.
Ce qui est nouveau c’est l’émergence d’une nouvelle conscience mondiale. La cause fondamentale des problèmes que rencontrent les différents groupes sociaux se trouve dans la logique même du système économique dominant.
Voilà pourquoi nous posons le problème des alternatives.
Le néo-libéralisme n’est qu’une phase du développement du capitalisme. Dans la pensée libérale, le marché est un régulateur et à première vue c’est très logique : le marché c’est quelqu’un qui vend et quelqu’un qui achète, s’il n y a pas d’acheteurs on ne peut rien vendre et inversement, on doit arriver à un prix "juste" puisque si le prix est trop élevé on ne va plus acheter, et s il n’y a pas d’acheteurs il faudra diminuer les prix, voilà pour la théorie.
Poser le problème
Dans la réalité, le marché capitaliste (il a existé un marché avant le capitalisme, c est le marché capitaliste que nous devons attaquer), est un marché où les éléments en face l’un de l’autre n’ont pas le même poids, n’ont pas la même puissance. Le résultat de l’économie de marché telle que nous la connaissons aujourd hui c’est ce graphique des Nations Unies, représentant les revenus dans le monde par tranche de 20%. Les 20% les plus riches, absorbent 82,7% du revenu mondial. Les 20% les plus pauvres se partagent 1,4% du revenu mondial.
Pour les catégories intermédiaires, nous avons un deuxième graphique, dit de la coupe de champagne : il y a ceux qui sont au-dessus, et puis il y a ceux qui portent la coupe et qui sont en-dessous. Evidemment ce graphique est très impressionnant et un peu illusoire parce que la majeure partie de la population du monde se trouve en-dessous évidemment, la minorité se trouve au-dessus.
Attention, il ne s’agit pas là des rapports nord-sud ; ce graphique vaut aussi pour nos sociétés : ceux qui ont des revenus dans nos sociétés et les pauvres qui se trouvent en bas. Dans les pays du sud nous avons des riches qui se trouvent au-dessus. Ce n’est pas simplement une vision des rapports nord-sud mais une distribution des revenus dans le monde. Des revenus et des pouvoirs économiques : 95% des multinationales se trouvent au-dessus donc le pouvoir de décision économique. 90% de la recherche scientifique se fait dans le nord. La concentration du pouvoir politique, du pouvoir sur les grandes organisations internationales comme la Banque mondiale ou le FMI, vous savez que le pouvoir est exercé en fonction de l’argent que l’on a apporté ce sont donc les pays les plus riches qui ont le pouvoir de décision et en particulier les Etats- Unis.
Ainsi, les Etats- Unis n’ont pas la majorité des voix, ils n’ont que 17% des voix, mais une petite clause prévoit qu’avec 17% des voix on obtient quasiment un droit de veto.
On parle souvent d’un "capitalisme sauvage" -dans les pays du tiers-monde ou dans les pays de l est- par rapport à un capitalisme qui serait civilisé, mais on oublie souvent que les capitalistes civilisés chez nous sont les capitalistes sauvages du tiers monde quand ils le peuvent du fait de la logique de l accumulation. Des firmes qui ont pignon sur rue chez nous, Adidas, Nike, Lévis, C&A ... sont toutes concernées par des pratiques économiques et sociales inacceptables dans le tiers-monde.
Chose nouvelle aujourd’hui, c’est que ce système possède les bases de sa mondialisation via les nouvelles technologies (l’électronique et les communications par satellites) : ça permet surtout au capital financier d’être vraiment mondialisé, en une seconde on peut faire passer en cliquant sur un ordinateur des centaines de millions de dollars d’un lieu du monde à un autre, c est là la véritable mondialisation.
Délégitimer le système
Nous devons poser le problème des alternatives, et la première étape est de délégitimer le système d’abord d’un point de vue économique, et puis d’un point de vue éthique.
Ainsi, si l’on définit l’économie comme l’activité qui produit une valeur ajoutée qui est absorbée par des intérêts privés, alors, il n y a rien de mieux que le capitalisme. Mais si l’on définit l’économie comme l’activité collective humaine qui permet de créer les bases nécessaires pour la vie physique, culturelle et spirituelle de l’ensemble de l’humanité, alors le système capitaliste est le plus inefficace que l’humanité ait jamais produit.
Or, il ne prend pas en considération les aspects sociaux, culturels, ni le fait que le marché est un rapport social, et pas simplement un fait de nature.
J’ai eu une discussion en 2001 avec Michel Camdessus (alors directeur général du FMI), il s’agissait de voir quels étaient les effets sociaux des politiques du FMI dans le tiers-monde. Il s est fâché, et a nié que le marché soit un rapport social, mais un fait de nature contre lequel on ne peut aller. C est donc un problème de logique fondamental qu il faut essayer de contrer.
Deux courants de pensée économique
Si l’on définit l’économie comme l’activité collective humaine qui permet de créer les bases nécessaires pour la vie physique, culturelle et spirituelle de l’ensemble de l’humanité, alors le système capitaliste est le plus inefficace que l’humanité ait jamais produit.
Ce que nous a appris l’échec relatif du socialisme réel, c’est que la transformation d’un mode de production ne se fait pas ni par une révolution d’un jour, ni même en une génération, c’est donc un processus de très longue haleine.
Bref, d’un côté, une orientation néo-keynesienne, avec une vision régulatrice, réformiste du système qui essaie de diminuer ses effets pervers. De l’autre, une orientation qui veut aller plus loin pour changer la logique du système qui en se reproduisant continuellement, entraînera de nouveaux efforts pour empêcher ses effets pervers. Tout cela a une dimension éthique, morale.
Trois éthiques en question
L expérience et la réflexion théorique montrent qu’il existe des alternatives à tous les niveaux et dans tous les secteurs de la vie collective, mais le principal problème est la volonté politique de les appliquer. On peut distinguer deux niveaux d’alternative.
L’utopie
C’est le premier niveau, non pas dans le sens de ce qui est impossible à faire, mais plutôt dans le sens de ce que nous voulons, ce qui n existe pas aujourd’hui mais qui pourrait exister demain. Exercice qui consiste à redéfinir nos utopies, : quelle société voulons-nous ? Quelle société voulons-nous, quels types de rapports sociaux entre les êtres humains, dans les sociétés locales, nationales au niveau des rapports nord-sud, quel type d’éducation, d’agriculture, de santé, de moyens de communication, d’entreprises... C’est un effort à la fois d’expérimentation et de pensée qui doit être fait collectivement et à l échelle mondiale. Remettre en valeur l’Utopie est un premier niveau pour les alternatives.
Le capitalisme a aplati toutes les utopies, puisque comme le disait un des penseurs du système capitaliste « c’est la fin de l Histoire ». L omniprésence du système capitaliste et de son marché crée une sorte de pensée unique, mais le résultat le plus important de Porto Alegre et des Forums, c’est justement de recréer l’idée qu’il existe des alternatives.
Le moyen terme
Que faire à moyen terme ? Nous voyons les défenses du système : la guerre en Irak, la militarisation du système, l’établissement des bases américaines dans l’ensemble du monde (22 en Amérique latine) ce sont des moyens de défense présentés comme une façon de lutter contre le terrorisme, contre le narcotrafic, ce sont de bons prétextes pour museler toutes les réactions sociales et pour affirmer la puissance du système économique, c’est ce qu on appelle le néolibéralisme armé qui s’étend dans le monde entier. Les législations de répression policières, les transformations de la législation judiciaire aux Etats Unis, le système utilise toutes sortes de moyens : répressifs, de cooptation (les syndicats, ONG invités à Davos).
Plusieurs propositions concrètes
Sur le plan économique,
une réorganisation régionale contre le pouvoir mondialisé des transnationales. Le MERCOSUR en Amérique latine, l ASEAN en Asie, l Union Européenne qui pourrait avoir plusieurs pôles face aux Etats Unis.
Transformation par l’abolition des paradis fiscaux, ce qui peut se faire rapidement avec des décisions politiques,
Abolition de la dette du tiers monde,
Fiscalité européenne : des dizaines de propositions qui ne vont pas mettre tout de suite le système capitaliste par terre mais qui sont des pas vers une autre logique d’organisation de l’économie.
Sur le plan politique,
la démocratisation des Nations Unies de plus en plus sous la coupe des pouvoirs transnationaux économiques.
La démilitarisation du monde.
Sur le plan écologique, la suppression de certains engrais chimiques qui empoisonnent les sols.
Sur le plan culturel, l’exception culturelle pour la protection des cultures locales.
Toute une série de mesures qui peuvent être prises à moyen terme voire à court terme, ce sont toutes les régulations. Où la logique keynésienne et la logique postcapitaliste se rencontrent : taxe Tobin, protection des services publics, de la culture... sont des alternatives qui sont de l’ordre de la régulation. Plusieurs propositions concrètes
Statégie générale
La première chose est de délégitimiser le système, c’est l’aspect culturel de l’hégémonie du capitalisme.
Deuxièmement, construire de nouveaux rapports de force sur le plan économique et social. La convergence des mouvements sociaux, est quelque chose d’extrêmement important à Evian par exemple, empêcher que certaines mesures ne soient prises, c’est la seule force qui puisse inciter le G8 à prendre des décisions "moins négatives" que celles qu elles auraient prises sans cette résistance.
Enfin, des changements du système qui ne sont pas seulement des additions d’alternatives sectorielles et partielles, mais qui doivent s’inscrire dans un processus général, contre le système capitaliste. Etre conscient que des actions écologiques, de commerce équitable s’inscrivent dans une logique d’ensemble, chacun là où il se trouve peut contribuer mais doit devenir conscient de la manière dont ça peut aider à transformer un système à long terme. Car le système est tellement fort qu il pourrait réabsorber toutes ces petites initiatives, si elles restent morcelées et n’entrent pas dans une conscience commune, qui est le rôle et la fonction des forums sociaux.
Les modalités d’action
Il est important de construire le lien entre les mouvements sociaux et la dimension politique, c’est une des grandes faiblesses pour le moment. Le champ politique a été dévalorisé pour toutes sortes de raison, nous devons reconstruire un projet politique de gauche. Ce ne sera peut-être pas avec un parti d’avant-garde, comme ça été le cas dans le temps mais plutôt par des convergences entre forums qui puissent déboucher sur un projet politique. C’est le rôle des forums d’y contribuer, mais peut-être pas de le réaliser, parce que si nous n’avons pas un jour un nouveau vrai projet politique de gauche, nous n’arriverons jamais à véritablement influencer les décisions pour transformer les systèmes. Il est important aussi de mondialiser des résistances et des luttes de façon à soutenir quelques objectifs clés dans l’ensemble du monde (l’eau, l’éducation, les services publics, etc.) face à la mondialisation de l’économie capitaliste.
Il est capital de s’inscrire dans une longue tradition de luttes sociales, nous devons peut-être nous replonger dans l’Histoire pour voir comment ces luttes sociales se sont développées et ont abouti à certains résultats.
L’importance aussi de la prise de conscience du caractère spécifique des luttes d’aujourd hui, pourquoi depuis 4 ou 5 ans il y a eu une explosion de convergence de luttes sociales, essayer de comprendre a son importance.
Enfin, retrouver les motivations profondes d’un engagement, dans les traditions humanistes, dans les cultures dites "traditionnelles" qui ne doivent pas devenir des musées car elles peuvent être porteuses, comme c’est le cas à Haïti de valeurs critiques du système capitaliste et de la culture dans laquelle nous vivons comme la symbiose avec la nature notamment ou la solidarité humaine.
Aujourd hui elles peuvent servir de base culturelle profonde pour la critique du système productiviste dans lequel nous sommes engagés. Tradition également religieuse, dans toutes les grandes religions existe des traditions qui peuvent être des bases de motivation pour un engagement social, pour des luttes sociales.
Certes la situation est grave et difficile, certes nous nous trouvons devant des pratiques économiques et politiques qui sont génocidaires, certainement pour bien des pays du sud ; en même temps, nous assistons à un sursaut partout dans le monde, et c’est cela qui me paraît tellement important, ce qui permet de terminer avec les paroles d’Eduardo Galeano (journaliste et grand écrivaind’Uruguay) qui disait à la première rencontre de Porto Alegre : « Laissons le pessimisme pour des temps meilleurs ».
La question qui se pose en démocratie, avec une extrême gauche en France qui est très peu représentée, comment faire pour que le politique puisse pousser l’action sociale ?
Fr. Houtard - Poser le problème de la démocratie est tout à fait central. On se doit d’élargir le concept, le faire progresser dans beaucoup d’autres domaines. La démocratie n’est pas uniquement le vote, il existe une forme de démocratie plus directe : le budget participatif -à Porto Alegre, cette démocratie s’exerce dans tous les quartiers au jour le jour et pas tous les quatre ans-, démocratie dans les diverses organisations syndicales et autres, démocratie dans le système économique. Pour faire avancer la démocratie, il faut travailler plus que sur des élections qui ne représentent qu’un aspect de la question.