"Cela fait quelques années que nous menons un travail de sélection de maïs de pays, que nous expérimentons ensuite dans nos champs", a expliqué Jon Harlouchet, président de l’association et éleveur à Bussunaritz. Comme les autres membres de BLE engagés en agriculture biologique, il craint les OGM qui pourraient venir contaminer ses cultures. "Comme l’une des plus grandes sources de contamination sont les semences, le fait de les produire nous-mêmes nous préserve", explique Jon Harlouchet. Si une douzaine d’agriculteurs basques re-sèment aujourd’hui leur maïs, c’est grâce à une expérimentation officielle menée par la fédération Bio d’Aquitaine. En effet, la loi interdit toute vente et échange de semences et en tolère seulement la production. La quasi totalité des agriculteurs doivent ainsi acheter chaque année des semences hybrides pour le plus grand bonheur des industries semencières. Bien des agriculteurs ont même oublié ce qu’est la sélection végétale. Un lycéen agricole, fils de paysan, en visite avec sa classe chez Jon Harlouchet, lui lança d’ailleurs, éberlué : "Quoi, tu sèmes les grains de cet épi et ton maïs pousse ?". Les membres de BLE veulent maîtriser ce qui fait la base du métier de paysan. "Les semences du commerce sont issues de plateforme où sont développées des conditions optimales d’eau, d’engrais, de pesticides, etc. Pour obtenir le même maïs, il faut recréer ces conditions c’est-à-dire apporter de l’eau, de l’engrais, etc. Or nous, nous voulons des plantes adaptées à notre terroir et pas l’inverse", expliquent-ils. Ils ont donc mené des essais avec des populations de maïs expérimentées par leur plateforme régionale, en Lot-et-Garonne, avant de sélectionner celles correspondant le mieux à leur besoin. "L’utilisation de variétés anciennes peut aussi bénéficier à des agriculteurs non bio et c’est mon cas", a fait remarquer Olivier Doyhenard, éleveur à Arbonne. "Par exemple, le Grand Roux Basque est naturellement résistant aux scutigerelles, un insecte qui peut dévaster un maïs issu du commerce", dit-il. En plus d’être des remparts à certaines maladies ou attaques d’insectes, les semences paysannes offrent un avantage économique puisque l’agriculteur n’a pas à les acheter chaque année. Le coût des semences s’élève en effet à 15% du produit de la récolte. "Les agriculteurs sont souvent sceptiques sur les rendements que peuvent avoir ces variétés", explique Eñaut Harispuru, éleveur à Ibarolle. "Nous les invitons à venir voir, ils choisiront ensuite eux-mêmes de sauter le pas ou non", ajoute-t-il. La journée du 28 octobre était ouverte à qui voulait. Elle a débuté par un apprentissage de la sélection des plantes puis les ceuilleurs se sont engagés entre les lignées de maïs pour en ramasser les épis. Au total 25000 épis récoltés par les cueilleurs volontaires puis revendus à travers la centaine de biocoops de l’hexagone. Les fonds doivent servir à financer le travail de développement des semences paysannes et l’action des faucheurs volontaires.
Un petit mot de Jean-Christophe Monnard, membre du CA de BLE : « Je confirme tout ce qui est dit dans cet article, y compris la résistance des maïs grand roux basque expérimentée dans mon potager avec des maïs mexicains qui s’hybrident entre eux joyeusement. Chaque récolte est comme un ramassage d’oeufs de pâques. On ne sait pas à l’avance ce que contient la gaine de l’épis. Mais les grains sont toujours de bonne taille, au point même d’impressionner les voisins paysans basques. Et cuit à la vapeur ou bouillis ils sont toujours délicieux, même si parfois certains renforcent un peu les gencives par la mastication demandée. Les goûts changent subtilement d’une variété à l’autre. Bref, on ne trouve pas ça chez Macdo. »