Édition 2005

Planter une graine

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De l’agriculture traditionnelle à l’agriculture intensive.

Au début du siècle la très grande majorité des « paysans » ( et non pas des exploitants) pratiquaient une agriculture traditionnelle basée sur la polyculture-élevage. Ainsi était respecté un certain équilibre entre la matière organique végétale, en particulier les pailles de blé et de céréales secondaires orge-avoine et l’apport de matière organique par les déjections animales. Ceci n’évitant pas cependant carences ou excés divers (fumier trop chagé en azote), c’était en fait un parasitisme latent qui s’installait. Au lendemain de la 1ère guerre mondiale, les engrais chimiques de synthése apparaissent et s’appuie sur la théorie de l’exportation restitution du chimiste Allemand Liebig ( apport dans le sol de NPK azote, phosphate, potassium). « Pour faire sa végétation une plante exporte des élements minéraux NPK du sol qu’il convient de rapporter sous forme d’engrais contenant eux-mêmes les éléments exportés »

Cette découverte bouleverse progressivement les habitudes, plus besoin de fumier dans les champs, les engrais de synthése augmentent les rendements de façon spectaculaire. Plus besoin d’animaux dans les étables non plus, on peut se spécialiser et développer des élevages industriels hors sols..

Au fur et à mesure de l’emploi généralisé des engrais NPK , les déséquilibrent s’installent, les carences et les maladies apparaissent, les terres se glacent (elles refusent les échangent d’eau), le labourd est de plus en plus profond empêchant la pénétration, la vie microbienne est plus qu’appauvrie, on brûle les pailles , la terre est devenue seulement le support neutre des plantes ainsi que le pensait LIEBIG .

L’agriculture a ensuite profondément évolué après la 2e guerre mondiale en effectuant une révolution »silencieuse appuyé par les politiques agricoles mises en place. La recherche de rendement à tout prix, but unique pendant de nombreuses années à l’INRA à marqué profondément les générations d’agriculteurs. Les conséquences de cette politique sont une spécialisations des modes de culture, des exploitations plus productives, intensives et uniformes suivi d’un endettement plus important.

La préservation de la biodiversité

Voici un des enjeux majeurs de notre siècle. Comme nous l’avons vu plus haut l’extraordinaire développement de l’activité humaine et l’industrialisation de l’agriculture ont conduit à une très forte réduction de la diversité génétique des espèces cultivées. Par ailleurs, l’organisation de la sélection, de la multiplication et de la commercialisation des semences et plants, s’est mise en place bien en amont des fermes.

La plupart des paysans ont perdu leur autonomie et leur savoir faire en matière de semences et plants, en faveur d’un secteur marchant spécialisé. Ainsi, au delà de la préservation des ressources naturelles, se pose la question de leur gestion , de leur mobilisation au profit de la collectivité et de leur utilisation par les agriculteurs et les jardiniers .

OGM et brévetage du vivant

L’entrée des OGM sur le grand échiquier alimentaire et ……….. vient encore fragiliser l’érosion du monde paysan et laisse dire aux défenseurs du vivant « que la semence paysanne est menacée lorsque l’agriculture industrielle réduit la diversité et le nombre de paysans et remplace les variétés du pays par des variétés homogènes et stables. »

Le lobby semencier tente d’imposer des variétés hybrides non reproductibles, des variétés OGM et des droits de propriétés intellectuelles privés. L’industrie semencière , économie d’échelle oblige , ne tire sa rentabilité que de la production de quantités les plus importantes possibles d’un minimum de variétés . Au-delà de quelques variétés passe-partout , elle ne peut structurellement pas garantir l’offre de diversité permanente dont ont besoin les agricultures écologiques et paysannes.

Les alternatives aux OGM

La diversité spatiale (mélange de variétés, d’espèces ) et temporelle (rotation culturale, jachère) sont des moyens bien plus efficaces et économiques que les OGM .Les promoteurs des OGM ne prennent pas en compte les possibilités du vivant à évoluer, à s’adapter . Or la vie est pleine de ressource.

Autrefois les paysans produisaient, sélectionnaient et conservaient la diversité génetique et biologique. Aujourd’hui l’agriculteur n’est plus en contact avec cette diversité. Celle-ci n’est plus dans les champs mais gelée aux mains des sélectionneurs. Le matériel végétal n’est plus adapté au terroir car la diversité n’est plus en contact avec l’environnement. La sélection participative permet à l’agriculteur de reprendre en main la sélection des semences pour qu’elles soient adaptées à l’environnement de sa ferme (sol,climat, parasites, influences telluriques…) Ainsi la sélection est décentralisée et réalisée selon les critères et les conditions propres au paysan et à sa ferme. En six ans, une variété de blé intensive peut acquérir de multiples résistances pour un rendement équivalent (en condition bio).

Les agricultures biologiques et paysannes n’ont que leurs pratiques culturales pour adapter les plantes à chaque terroir. C’est pourquoi elles ont besoin de petites quantités d’une multitude de variétés , chacune sélectionnée dans et pour son terroir ainsi que pour répondre à la demande de diversité des consommateurs. Enfin l’intérêt final est d’échanger ces semences pour augmenter le biodiversité en les mettant dans des conditions différentes. Cela mène à une gestion dynamique de la diversité en mettant à profit tous les mécanismes de l’évolution : la recombinaison (croisement),la sélection (adaptation), la mutation(création), la dérive génétique (échantillonnage , la migration (échange).

Pot de terre contre pot de fer

Si l’on veut gagner la bataille des OGM il faut que nos tactiques laissent perplexes l’adversaire , que nous désobéissions à sa façon de faire et de penser . De ce fait , les grandes organisations correspondent à sa façon de voir : le phénomène est centralisé, identifiable, ordonné. Si chacun sélectionne dans ses champs , dans son jardin, si nous produisons les semences et les échangeons sans qu’intervienne l’argent, le système est déboussolé car notre puissance est alors petite, décentralisé, désobéissante (vis-à-vis des lois du marché) et présente partout. Les artistes utilisent déjà cette guérilla économique pour faire face aux multinationales de la musique et du cinéma en diffusant gratuitement leurs créations par internet.



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