Il a tout d’abord été rappelé le rôle central des paysans dans la société qui est de produire de la nourriture en quantité et en qualité suffisante et de participer à occuper, aménager et entretenir l’espace rural.
Elles sont gérées par :
une assemblée de professionnels élus au suffrage universel ;
des membres associés, dont, dans les PA, d’un représentant du Conseil Général et du Préfet.
Elles ont statut d’établissement publics, et sont chargées de deux missions :
Une mission consultative auprès des pouvoirs publics et des collectivité territoriales sur tous sujets concernant l’agriculture et le monde rural.
Une mission de service auprès des paysans : Conseil et formation des paysans dans la conduite de leur exploitation, et en cohérence avec les besoins de la société.
Leur financement est assuré par :
Le reversement d’une part de l’impôt foncier bâti.
Les taxes parafiscales sur les produits agricoles.
Les subventions de fonctionnement et/ou sur projets.
Les prestations de service payées par les paysans.
La Chambre d’agriculture du Pays Basque pourrait ainsi bénéficier de 1.8 millions d’euros de fonds publics.
La Chambre départementale actuelle ne répond pas aux besoins du Pays Basque. Ses choix d’orientations faits depuis trente ans sont les suivants :
Concentration des moyens de développement sur la culture du maïs et de son utilisation.
Concentration des droits à prime et à produire.
En conséquence :
Plus de 40% des installations se font sans aides.
Retrait des moyens humains sur le terrain, les techniciens se cantonnent dans des missions administratives.
Conseil « délégué » aux technico-commerciaux des industries agroalimentaires en amont et en aval.
Le constat aujourd hui :
Une chambre au service d’une agriculture productrice de matières premières qui laissent d’autres acteurs s’accaparer la valeur ajoutée.
Une Chambre qui abandonne les zones les plus défavorisées et la petite agriculture.
Une richesse associative et syndicale qui compense ces carences et agit pour développer :
Cette dynamique essentielle est financée par d’autres sources que celles allouées à la Chambre d’agriculture départementale.
Concrètement, six variables d’observation sont utilisées :
Pour aller dans le sens de cette agriculture durable et paysanne, la Chambre d’Agriculture Pays Basque agira sur :
Sur les cadres politiques : sa mission consultative auprès des pouvoirs publics et des collectivités territoriales, amène la Chambre d’agriculture a prendre position sur tous les dossiers concernant l’agriculture et le monde rural. Dans ce cadre, la Chambre d’Agriculture Pays Basque agira pour que les décisions politiques et les différents budgets agricoles favorisent les démarches de qualité, l’emploi, l’accompagnement vers des systèmes de production durables. Priorité aux petites et moyennes exploitations et aux Hors Cadre Familiaux, dans la répartition des droits à produire, droits à prime, droits d’exploiter, subventions. Au niveau de l’exploitation : Conseil et accompagnement pour :
Aller vers une agriculture autonome, économe, créatrice de valeur ajoutée, d’emploi, de qualité...
Assurer le renouvellement de toutes les exploitations par des installations (succession ou Hors Cadre Familial).
Au niveau collectif et territorial : susciter et accompagner des projets nouveaux de production, transformation et commercialisation par le biais des structures collectives micro économiques en :
Développant des partenariats : producteurs / consommateurs ; producteurs / artisans / commerçants ; complémentarité entre paysans, entre zones...
Développant les relations : Côte / intérieur. Pays Basque nord / Pays Basque sud. Toutes autres régions, selon les objectifs.
Développant différentes formes d’accueil : tourisme, pédagogique, social,...
Différents collèges regroupent les acteurs du monde paysan : collèges dits "individuels" et collèges groupements professionnels. Il existe des membres de droits : les administrateurs du Centre Régional de la Propriété Forestière. Quant aux membres associés, il n’existe pas d’obligation réglementaire en ce qui les concerne. Dans ce projet "une Chambre d’agriculture pour le Pays Basque", seront représentés les consommateurs, les associations de protection de l’environnement et les collectivités locales.
Idée générale : Les paysans doivent être les acteurs des transformations. Les animateurs sont des accompagnateurs. La Chambre d’agriculture du pays Basque est le lieu où se fait l’orientation politique et les choix stratégiques, les chantiers sont menés avec les moyens propres et le partenariat avec ARRAPITZ, les AOC, etc.
Le débat donne ensuite lieu à des précisions concernant les fondements de la revendication, à savoir une agriculture non productiviste et écologiquement responsable, à l’opposé des logiques libérales actuelles. L’état des négociations avec l’Etat est ensuite abordé sans toutefois de véritables nouvelles concernant le blocage politique, bien que la majorité des habitants et une partie de la classe politique soutiennent le projet. Laissant ainsi dire aux responsables syndicaux d’ELB "nous allons construire la chambre d’agriculture, mais pas tout seul".
Le processus est en marche, mais pas d’effet d’annonce non suivi d’effet concret et réel, l’enjeu est d’importance et il s’agit de bien réfléchir sur le système de fonctionnement, les orientations, les enjeux ainsi que les chantiers prioritaires. Les paysans veulent être en phase et réussir la connexion avec les préoccupations et l’implication des gens des villes. La chambre d’agriculture ce n’est pas la chose des paysans. Voilà l’originalité de cette création définie en une phrase avec toute sa dose de réalisme.
"Le défi est comparable à la création des Ikastola en leur temps" souligne un des participants, se veut à l’opposé de toute démarche corporatiste, en intégrant en son sein les autres secteurs de la société tels que les associations de consommateurs et de protection de l’environnement. Les échanges transversaux côte/intérieur, Pays Basque Nord/Sud et Pays Basque/hexagone sont les interconnexions indispensables à l’expression d’une convergence à deux niveaux sur le plan territorial et sur le plan des différents secteurs de la société. Un Pays Basque intérieur vivant, écologiquement propre, fournisseur d’une eau potable et d’une alimentation de qualité, voilà pourquoi les citadins doivent se sentir concerné par la démarche en s’impliquant en tant que "consom-acteurs".
Pour illustrer les aberrations du système productiviste actuel les syndicalistes donnaient l’exemple du manque d’herbage pour l’élevage qui est importé et le maïs d’ici qui est exporté. Pourquoi ne pas re-localiser les productions, cultiver des herbages à la place d’un maïs dont le cours est en chute et éviter un transport écologiquement coûteux. Des circuits courts, la préservation des paysages, une approche socialement équitable, privilégiant la transmissibilité, un partenariat entre zone d’export et d’import pour s’auto-suffire localement sont les ingrédients nécessaires à la réussite de cet outil novateur.
En ce qui concerne le financement le syndicat va faire appel aux autres syndicats de la confédération paysanne, aux associations de l’hexagone, ainsi que du coté du Pays Basque Sud avec le syndicat paysan EHNE. De même les habitants du Pays Basque nord seront sollicités par une souscription populaire. Des subventions sur projets (Aquitaine, Europe) sont envisagées ainsi que des subventions locales de solidarité Côte/Intérieur (en échange de la qualité des eaux, de la préservation des paysages).
Du coté du calendrier, la campagne publique débutera dès cet été et prendra sa vraie dimension pour la rentrée 2004. Si les paysans sont le moteur de cette initiative, rien de constructif et d’alternatif ne se fera sans l’implication de chacun d’entre nous qui sommes concernés par l’alimentation et l’utilisation de l’espace. La démarche de la chambre d’agriculture en Pays Basque nous sort de l’enfermement dans lequel est cantonné le monde paysan et dépasse largement le secteur agricole.